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Clap de fin pour le radiotélescope Arecibo, icône de l’astronomie

Crédits : UCF

Déjà fragilisée depuis plusieurs années, deux accidents successifs survenus cette année ont finalement scellé le sort de la structure. Construit au sommet d’une colline à Porto Rico, le radiotélescope Arecibo sera bientôt démantelé.

Depuis sa mise en service en 1963, l’observatoire a essuyé plusieurs menaces. Le passage de l’ouragan Maria il y a trois ans avait notamment forcé les ingénieurs à mettre le télescope hors ligne pendant plusieurs mois. Plus récemment, en août, l’un des câbles auxiliaires permettant le soutien de la plate-forme métallique de 900 tonnes, située au-dessus de l’observatoire, s’est ensuite brisé. Suite à cette rupture, un morceau de ce câble avait alors entaillé l’antenne réflecteur du télescope sur trente mètres.

Dès lors, l’avenir du radiotélescope a commencé à devenir incertain. Et pour cause, l’observatoire était déjà sur la sellette depuis plusieurs années, faute de financements. Alors qu’une mission de réparation était tout de même prévue, un nouvel incident s’est malheureusement produit début novembre. Le second câble, rattaché à la même tour que le premier, s’est rompu à son tour, causant des dégâts supplémentaires.

Clap de fin

Après avoir examiné trois rapports techniques distincts, la National Science Foundation (NSF), qui gère la structure, a décidé que l’installation était devenue trop instable pour tenter une énième mission de sauvetage. Le radiotélescope sera finalement abandonné.

« Notre objectif a été de trouver un moyen de préserver le télescope sans mettre la sécurité de quiconque en danger », a déclaré Sean Jones, directeur adjoint de la Direction des sciences mathématiques et physiques de la NSF. « Cependant, après avoir reçu et examiné les évaluations techniques, nous n’avons trouvé aucune voie à suivre qui nous permettrait de le faire. Et nous savons qu’un retard dans la prise de décision expose l’ensemble de l’installation au risque d’un effondrement incontrôlé, mettant inutilement en danger les personnes et également les installations supplémentaires ».

La NSF a depuis fait appel à des ingénieurs chargés de proposer un plan de déclassement contrôlé. Il est possible que la structure soit démantelée par hélicoptère, ou simplement détruite par des explosifs. Une décision sera prise dans les prochaines semaines.

Ralph Gaume, directeur de la Division des sciences astronomiques de la NSF, a de son côté assuré que l’agence travaillerai avec les scientifiques ayant prévu d’utiliser le télescope Arecibo et ses autres installations afin de déplacer leurs projets de recherche dans la mesure du possible.

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Vue aérienne de l’installation d’Arecibo, montrant les câbles de plus en plus fragiles supportant la plate-forme d’instruments. On remarque également la déchirure provoquée par la rupture de l’un de ces câbles. Crédits : NSF

Une icône de l’astronomie

L’Arecibo était jusqu’en 2016 le plus grand radiotélescope à parabole unique au monde (300 mètres de diamètre). Au cours de ces dernières décennies, il a permis le suivi de nombreux astéroïdes proches de la Terre. C’est aussi lui qui, en août 1989, a permis d’imager l’un de ces objets pour la première fois dans l’histoire (l’astéroïde 4769 Castalia). Le SETI s’appuie également dessus pour “écouter” le ciel à la recherche de signaux de civilisations extraterrestres.

La renommée de l’observatoire s’étend également au-delà de la seule communauté scientifique. Plusieurs scènes du film Goldeneye (le James Bond de 1995) ont notamment été tournées dans son enceinte. Vous le retrouverez aussi dans le film de science-fiction Contact (1997), basé sur le roman éponyme de Carl Sagan paru en 1985.