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Qu’est-ce que la science appelle un superprédateur ? Regardez-vous dans le miroir !

Crédits : maraisea / Pixabay

Selon une récente étude publiée dans la revue Science, l’Homme est un prédateur unique, à même de déséquilibrer totalement les écosystèmes et les chaînes alimentaires, ainsi que de provoquer des extinctions de masse.

Ce n’est pas une surprise, mais nous avons aujourd’hui quelques chiffres alarmants sur lesquels nous appuyer. Chris Darimont et son équipe, de l’université Victoria, au Canada, ont cherché à comparer l’impact de l’homme sur les écosystèmes à celui d’autres prédateurs non humains. Ils ont ainsi passé en revue plus de 300 études portant sur 2 125 cas de prédation sur des espèces sauvages (poissons et mammifères terrestres) de chaque continent et océan.

Selon les données récoltées, l’Homme exploiterait aujourd’hui les poissons à un taux 14 fois supérieur à celui des autres prédateurs marins, et tue les grands carnivores (ours, loups, lions) à un rythme 9 fois supérieur à celui qui voit ces prédateurs s’entre-tuer dans la nature. De manière inattendue, les humains exercent, sur terre, une pression bien plus forte sur les grands carnivores que sur les herbivores, alors qu’ils ne les consomment pas. En mer, en revanche, l’impact de l’Homme est élevé à tous les niveaux. Les captures de poissons, en hausse malgré la surexploitation des espèces, excèdent aujourd’hui 100 millions de tonnes par an.

« Ce travail d’analyse gigantesque montre avec précision que nous prélevons trop de proies pour que les espèces puissent renouveler leurs populations », explique Franck Courchamp, directeur de recherches en écologie au Centre national de la recherche scientifique. « Contrairement aux autres prédateurs qui sont naturellement régulés par le nombre de proies, nous subsistons grâce à énormément d’espèces à la fois. Et comme nous sommes omnivores, ce qui implique que nous ne dépendons pas des proies pour notre survie, celles-ci diminuent sans que cela ne nous pousse à relâcher la pression. »

Au-delà de ces quantités colossales, ce qui différencie l’humain des autres prédateurs, c’est qu’il cible des proies adultes et non pas les animaux les plus faibles ou les plus jeunes qui ne se reproduisent pas. Nous prélevons les plus gros animaux, qui représentent les populations les plus matures et reproductrices. L’impact est alors double sur la population exploitée, du fait des prises directes et du déficit de reproduction pour le futur.

L’idée soulevée par cette étude ? S’inspirer du comportement des prédateurs non humains, qui représentent des modèles de soutenabilité à long terme.

Source : Le Monde