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Quel est le nombre maximal de cyclones tropicaux pouvant se former dans l’Atlantique nord au cours d’une année ?

Crédits : Wikimedia Commons.

Quelle est la limite supérieure au nombre de cyclones tropicaux pouvant se former au cours d’une année dans l’océan Atlantique nord ? Des résultats publiés ce mois, basés sur l’analyse de simulations climatiques couvrant plusieurs milliers d’années, viennent éclairer cette question.

Dans une étude collaborative internationale publiée le 22 août dans la revue Science Advances, des chercheurs se sont intéressés au nombre maximum de cyclones tropicaux* qui pouvait être atteint au cours d’une année dans le bassin de l’Atlantique Nord, pour les conditions climatiques actuelles. Dans les données observationnelles qui remontent jusqu’à 1851 dans ce bassin, l’année qui a connu le nombre de cyclones le plus important est 2005, avec 28 phénomènes nommés. Le précédent record était de 20 phénomènes en 1933. Cependant, le jeu d’observations est sujet à un fort biais avant l’ère des satellites – où une partie importante des phénomènes pouvait passer inaperçue. Des efforts ont été mis en place pour tenir compte de ce biais observationnel, mais ceux-ci ne fournissent pas d’indications qui pourraient suggérer un nombre de cyclones tropicaux supérieur à celui de 2005. La marge d’incertitude associée aux données avant l’ère des satellites reste toutefois importante, et ce malgré le fait que ce soit le bassin qui ait été historiquement le mieux documenté.

Pour éclaircir cette question, les chercheurs ont fait tourner des modèles de climat sur plusieurs milliers d’années, ce qui a l’avantage de représenter plus fidèlement la distribution de probabilité du nombre annuel de cyclones tropicaux. Les résultats obtenus indiquent que le score établi par l’année 2005 est effectivement proche du nombre maximal de phénomènes possibles en une année dans le bassin nord-atlantique, et pour le climat actuel. Les simulations n’excèdent les caractéristiques de 2005 que très rarement – environ 1 % du temps – et lorsque c’est le cas, celles-ci en restent finalement très proches. En ne considérant que les systèmes avec une durée de vie supérieure à 2 jours, ce pourcentage passe à environ 3 %. Finalement, en utilisant une comparaison moins restrictive, il passe à 9 % mais excède toujours difficilement le record de 2005. Ainsi, comme l’a déclaré l’auteure principale Sally Lavender : « Il est difficile pour les conditions climatiques en Atlantique de générer beaucoup plus de cyclones tropicaux dans cette région qu’en 2005. Même lorsque nous avons examiné des milliers d’années de simulations de modèles climatiques, elles n’indiquaient pas vraiment une possibilité convaincante d’en observer beaucoup plus ».

Étant donné que la simulation explicite des phénomènes tropicaux par les modèles de climat est assez médiocre – en particulier pour des simulations aussi longues -, les auteurs ont plutôt analysé des indices de cyclogenèse. Ces derniers fournissent des relations statistiques entre l’environnement météorologique à grande échelle et le taux de formation de cyclones. Si cette approche s’avère très utile et obtient de bons scores quant à sa capacité à relier environnement de grande échelle et taux de cyclogenèse, elle n’est pas parfaite. Les relations statistiques peuvent par exemple évoluer à des échelles centennales, et donc induire un biais dans la méthodologie. En outre, l’étude ne prend pas en compte d’autres paramètres significatifs dans l’évaluation des dommages potentiels pour notre société, comme l’intensité des ouragans formés. Les chercheurs concluent tout de même à la fin de leur publication qu’« à des fins liées à la gestion des risques, il est donc probable que 2005 représente un point de référence raisonnable pour le nombre maximal de cyclones tropicaux pouvant se produire dans le bassin de l’Atlantique dans le climat actuel ».

* Ici, le qualificatif générique de “cyclone tropical” englobe à la fois les tempêtes tropicales et les ouragans. Sont donc exclues les dépressions tropicales.

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