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On connaît maintenant la quantité de carbone stockée dans les écosystèmes canadiens

Crédits : WWF Canada.

Une étude recoupant des mesures de terrain et observations satellitaires a évalué la quantité de carbone stockée dans l’intégralité des paysages canadiens ainsi que sa répartition. Il s’agit de la première étude à présenter une estimation aussi complète et détaillée. Les résultats seront prochainement publiés dans la revue Global Biogeochemical Cycles.

L’élévation des températures aux hautes latitudes de l’hémisphère nord est deux à trois fois plus rapide que la moyenne mondiale. Or, de vastes quantités de carbone sont stockées dans les sols et la végétation de ces régions. La perturbation climatique en cours risque par conséquent d’induire un déstockage partiel, ce qui amplifierait encore plus le réchauffement initial.

Si de nombreux travaux de recherche se sont penchés sur la question, la quantification précise du processus reste sujette à de grandes incertitudes. Le réchauffement va-t-il provoquer une libération de carbone progressive et limitée ou, à l’inverse, une libération rapide et massive ? Et dans les deux cas, cette libération ne pourrait-elle pas être compensée par une augmentation de l’absorption ailleurs sur Terre ?

Une estimation sans précédent du carbone canadien

Un point de départ pour tenter de répondre à ces questions est la bonne connaissance des stocks mobilisables, autrement dit, savoir à combien on estime la taille des réservoirs qui menacent d’être déstabilisés. Dans ce contexte, des chercheurs de l’Université McMaster (Ontario, Canada) ont pour la première fois fourni une évaluation détaillée du carbone contenu dans les écosystèmes du pays. Les mesures ont été effectuées par télédétection selon une procédure novatrice et à une résolution spatiale de 250 m pour une profondeur allant jusqu’à 2 m.

Canada carbone
Répartition du carbone organique en kg/m². A : carbone contenu dans les végétaux des zones forestières et non forestières. C : carbone contenu dans le premier mètre du sol. B et D : incertitudes respectives dans les estimations. Crédits : C. Sothe & coll. 2021.

« Des dizaines de milliers de mesures de terrain ont été intégrées à un algorithme d’apprentissage automatique pour entraîner les observations satellitaires, y compris les données de balayage laser, afin d’estimer les stocks de carbone dans la biomasse végétale et les sols à travers le Canada », détaille Alemu Gonsamo, un des coauteurs du papier.

Le poids du Canada dans la lutte pour le climat

Les résultats montrent qu’on trouve actuellement plus de 400 milliards de tonnes de carbone à l’échelle du territoire. Autrement dit, cela représente pas moins d’un quart de tout le carbone mondial contenu dans les sols. Pour donner un ordre d’idées, cela correspond à trente ans d’émissions mondiales de dioxyde de carbone au rythme d’émission de 2019. Près de 95 % (384 milliards de tonnes) résident dans le premier mètre sous la surface, le reste étant fixé dans la végétation (feuilles, racines, etc.).

Carbone total contenu dans la végétation et les sols à l’échelle du Canada. Crédits : WWF Canada.

Il va sans dire que même si une petite fraction de ces 400 milliards de tonnes venait à finir dans l’atmosphère, les ambitions qui visent à limiter l’envolée des températures sous les 2 °C seraient à revoir. Aussi, la responsabilité et le poids du Canada dans les négociations climatiques ne peuvent être négligés.

« Savoir où le carbone est stocké au Canada nous permet de protéger et gérer stratégiquement les bons endroits pour empêcher que des milliards de tonnes de carbone ne soient rejetées dans l’atmosphère », note Megan Leslie, présidente du WWF canadien. « La protection de ces zones profitera également à la faune en protégeant l’habitat d’importantes espèces en péril ».

Il reste désormais à en faire de même pour disposer d’un inventaire précis des quantités et de la répartition du carbone en Russie. Notons toutefois pour l’anecdote que les scientifiques ont moins facilement accès à des mesures de terrain, car se déplacer avec d’étranges instruments aux confins de ces terres est moins aisé qu’au Canada, les deux continents ayant des histoires très différentes.