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Quand un mosasaure se fait croquer la mâchoire (par un autre mosasaure)

Crédits : Julian Johnson/Flickr

Il y a environ 66 millions d’années, un mosasaure nageait tranquillement lorsque l’un de ses congénères est arrivé par en-dessous pour l’attaquer. Et, visiblement, il n’y a pas été de main morte.

La paléopathologie, ou l’étude des enregistrements traumatiques en archéologie et en paléontologie, nous permet d’évaluer les différentes maladies et autres stratégies de guérison chez les espèces disparues. Malheureusement, il est rare que des traces d’infections ou de blessures subies au cours de la vie d’un organisme puissent être conservées dans les archives fossiles.

Si plusieurs études ont néanmoins pu être être menées sur des dinosaures et des archosaures, les squamates restent, dans ce domaine, encore largement sous-étudiés. C’est pourquoi chaque occasion est bonne à prendre. Récemment, des chercheurs de l’Université de Zurich (Suisse) se sont penchés sur le cas d’un mosasaure découvert il y a quelques années dans la formation Gulpen, près de Maastricht (Pays-Bas).

Une interaction violente entre les membres d’une même espèce

Les Mosasauroidea forment une super-famille éteinte de reptiles géants qui vivaient et régnaient dans les océans à la fin du Crétacé. Physiquement, ces énormes créatures ressemblaient à des baleines, mais avec des têtes de crocodiles. À titre d’information, c’est d’ailleurs l’un de ces spécimens qui occupe un rôle secondaire (mais très efficace) dans les films Jurassic World.

Ce spécimen, découvert en 2012, appartenait à l’espèce Prognathodon sectorius, qui pouvait mesurer jusqu’à 10 mètres de long. La quasi totalité de son crâne a été retrouvée, accompagnée de quelques ossements supplémentaires.

Sur cette simple base, on ne sait pas s’il s’agissait d’un mâle ou d’une femelle. Ce que nous savons en revanche, c’est qu’une partie de son museau a été complètement arrachée. Et, selon de récentes analyses des traces de dents laissées sur les os, dont les détails ont été publiés dans la revue Cretaceous Research, il semblerait que le fautif soit un autre membre de son espèce.

Pour Dylan Bastiaans, principal auteur de l’étude, l’autre mosasaure s’est en effet probablement approché par en bas, comme peuvent le faire aujourd’hui certains requins, avant de saisir et d’arracher une partie du museau de son congénère. « C’est la preuve directe d’une interaction violente entre les membres d’une même espèce », explique le chercheur.

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Crédits : Nobu Tamura/Pixabay

Une infection potentiellement fatale

Mais l’animal n’a pas succombé à cette attaque. Selon les analyses, un nouvel os s’était en effet développé autour de la blessure plusieurs mois après l’interaction entre les deux individus. En revanche, les chercheurs ont décelé la présence d’une infection grave (ostéomyélite hématogène) qui s’est visiblement propagée à l’ensemble des mâchoires de la victime.

Rien ne prouve aujourd’hui que c’est bien cette infection qui a entraîné la mort de ce mosasaure. En revanche, selon le chercheur, il paraît évident que cette ostéomyélite a entravé la capacité du reptile à se nourrir, contribuant ainsi potentiellement à sa disparition.

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