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Quand les incendies australiens provoquent d’énormes blooms planctoniques

Crédits : Météo France / Himawari.

Si la quantité de CO2 libérée par les incendies australiens en 2019-2020 a été revue à la hausse, les efflorescences planctoniques survenues en aval des panaches de fumée en auraient réabsorbé une fraction significative. Une découverte qui rappelle l’importance des interactions entre les différentes composantes du système climatique.

Avec un coût estimé à plus de 1,5 milliard de dollars, les feux de végétation qui ont touché l’Australie entre novembre 2019 et janvier 2020 ont été les plus destructeurs de l’histoire du pays. Visibles depuis l’espace, ils ont détruit de vastes domaines, dont des habitations, et nourrit d’impressionnants panaches de fumée. Ces derniers amenant parfois la pénombre en plein jour comme ce fut par exemple le cas à Sydney.

Les émissions de CO2 des incendies revues à la hausse

Outre les impacts considérables sur la faune et la flore régionales, les feux de brousse ont également rejeté d’importantes quantités de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère. Or, selon une récente étude, ces émissions ont été encore plus importantes qu’on ne le pensait déjà. En effet, la quantité de CO2 émise entre novembre 2019 et janvier 2020 se chiffrerait à quelque 715 millions de tonnes. Une valeur plus de deux fois supérieure aux estimations précédentes.

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Vue satellite des incendies australiens, ici en Nouvelle-Galles-du-Sud près de Nowra le 31 décembre 2019. Crédits : ESA / Sentinel Hub.

« Nous avons constaté que les émissions de CO2 lors de cet événement unique étaient nettement plus élevées que ce que tous les Australiens émettent normalement avec la combustion d’énergies fossiles au cours d’une année entière » relate Ivar van der Velde, auteur principal du papier. Intensifiés par le réchauffement climatique, les incendies sont donc en mesure d’amplifier la hausse initiale des températures en raison du CO2 qu’ils émettent. Une forme de cercle vicieux.

Les efflorescences de phytoplancton à la rescousse ?

Toutefois, un autre groupe de chercheurs a mis en évidence un phénomène qui tend à contrebalancer cet effet. En effet, parmi les particules contenues dans les fumées, on trouve des nutriments comme le fer ou le zinc. Lorsque ces poussières sont portés par les vents et viennent à précipiter au-dessus des zones océaniques pauvres en éléments nutritifs, elles peuvent conduire à des efflorescences – ou blooms – de phytoplancton. Or, c’est précisément ce qu’il s’est produit avec les incendies australiens en 2019-2020.

Les imageries satellitaires, les mesures par les bouées du réseau Argo ainsi qu’un modèle de chimie-climat ont permis de documenter de façon précise le processus. Une première. « Nos résultats prouvent que le fer provenant des incendies de forêt peut fertiliser l’océan, entraînant potentiellement une augmentation significative de l’absorption de carbone par le phytoplancton » explique Nicolas Cassar, coauteur du papier.

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Efflorescence de phytoplancton, ici dans la Péninsule du Yucatán. Crédits : Wikimedia Commons.

« La prolifération de phytoplancton dans cette région était sans précédent sur les 22 ans d’enregistrement satellitaire et a duré environ quatre mois » détaille Pete Strutton, également coauteur de l’étude. « Ce qui l’a rendu plus extraordinaire, c’est que la partie de la saison où la floraison est apparue est généralement le point bas saisonnier du phytoplancton, mais les fumées des feux de brousse australiens ont complètement inversé cela ».

Survenues plusieurs milliers de kilomètres au sud-est des foyers incendiaires, les proliférations de plancton ont couvert une surface océanique plus grande que l’Australie. Cependant, il reste à savoir dans quelle mesure la capture de CO2 par ces blooms a compensé les émissions issues des brasiers. Par ailleurs, une abondance de plancton n’est pas forcément bénéfique pour la vie marine puisqu’elle peut conduire à l’apparition de zones mortes. Aussi, de futurs travaux seront nécessaires pour mieux comprendre les interactions complexes qui lient les incendies aux autres composantes du système climatique.