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Quand la fumée des feux en Afrique fertilise l’Amazonie

Crédits : Véronique Debord-Lazaro

De nouvelles analyses suggèrent que la fumée des feux domestiques et des incendies en Afrique transporte du phosphore jusqu’en Amazonie, fertilisant ainsi la forêt. Les détails de l’étude sont publiés dans PNAS.

Si l’Afrique subsaharienne et la forêt amazonienne sont séparées par plus de 4 000 kilomètres, il n’empêche que les deux sont intimement liées. Nous pensions jusqu’alors que cette liaison se faisait grâce au sable du Sahara qui, transporté dans les airs, permet de fertiliser l’Amazonie en y déposant du phosphore (engrais). Mais le désert est-il le seul contributeur ? Non, répond une étude. De nouvelles analyses suggèrent en effet que la fumée des feux domestiques et des incendies en Afrique australe joue un rôle plus important encore, transportant des tonnes d’éléments nutritifs.

L’Amazonie dépend des incendies africains pour son phosphore

Pour en arriver à cette conclusion, une équipe américaine de chercheurs de l’Université de Miami a analysé les aérosols filtrés au sommet d’une colline en Guyane française, près du bassin amazonien. L’idée consistait à déterminer leur teneur en phosphore. La présence de l’élément nutritif semblait alors trop importante par rapport à la quantité de sable venu du Sahara. En analysant en parallèle par satellite les chemins empruntés par la fumée africaine, il se sont alors aperçus que les données concordaient. Autrement dit, la fumée de matériaux brûlés en provenance d’Afrique se présente aujourd’hui comme la principale pourvoyeuse de phosphore en Amazonie.

« On avait supposé que la poussière saharienne était le principal engrais dans le bassin amazonien, explique Cassandra Gaston, principale auteure de l’étude. Nos résultats révèlent que les émissions résultant de la combustion de biomasse en provenance d’Afrique constituent potentiellement une source de phosphore plus importante encore ».

Défrichement des terres, feux de broussailles ou simple fumée résultant de la cuisson des aliments, ce phosphore, transporté par les vents, permet alors de stimuler la croissance des plantes en Amazonie. Permettant de ce fait une capture plus importante de dioxyde de carbone atmosphérique.

Les personnes qui brûlent du bois et d’autres matériaux en Afrique ont un impact sur la croissance de l’Amazonie. Crédits : Pixabay

Il ressort également de cette étude que d’importantes quantités de l’élément nutritif se déposent dans l’océan Atlantique tropical et dans l’océan Austral. Fertilisant cette fois le phytoplancton, qui lui aussi permet de stocker des millions de tonnes de CO2.

L’importance du Sahara

Il ne faut bien évidemment pas négliger non plus la “part” du Sahara. On estime en effet que sur les plus de 180 millions de tonnes de poussière qui quittent le plus grand désert du monde chaque année, 27 millions de tonnes atterrissent dans le bassin amazonien. Le phosphore contenu dans le sable permet ainsi de “nourrir” la forêt qui manque cruellement d’éléments nutritifs, lessivés par les pluies et les eaux de ruissellement.

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Et si on faisait tomber la pluie dans le Sahara grâce aux éoliennes ?