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Quand il n’avait pas le choix, Allosaurus aussi était parfois cannibale

Crédits : Plos One

Des ossements marqués par des dents de carnivores, retrouvés aux États-Unis, suggèrent que les mangeurs de chair du Jurassique, comme Allosaurus, n’avaient aucun scrupule à se tourner vers le cannibalisme lorsque les temps étaient difficiles.

Près de la frontière séparant l’État du Colorado de celui de l’Utah, aux États-Unis, le lit osseux de la carrière Mygatt-Moore regorge de centaines de fossiles de dinosaures du Jurassique. Une enquête menée sur plus de 2 000 ossements, dirigée par la paléontologue Stephanie Drumheller-Horton (Université du Tennessee-Knoxville), a révélé que 28% de ces restes avaient été mordus, égratignés, et même rongés par des carnivores. Un pourcentage beaucoup plus élevé en comparaison à d’autres sites qui tapissent l’ouest américain.

Un environnement très stressant

Ces marques de coupes, datées d’il y a entre 146 et 156 millions d’années, ont été faites par plusieurs théropodes, dont Allosaurus était le principal représentant. Alors que la plupart des empreintes se trouvaient sur les os de grands herbivores à long cou (Apatosaurus), 17% d’entre elles ont été isolées sur des os de théropodes, y compris sur des restes d’allosaures. Et parmi elles, environ la moitié ont été retrouvées sur des parties peu nutritives du squelette.

« Les prédateurs ciblent généralement en premier certaines régions anatomiques riches en calories et en nutriments, comme les viscères et les os longs les plus charnus, explique la paléontologue. Puis ils s’attaquent aux os plus petits, comme les orteils. Ainsi le fait de retrouver des marques de morsure sur ces parties moins attrayantes suggère que certains carnivores sont probablement arrivés en retard à la fête, et que les parties les plus souhaitables avaient déjà été dévorées ».

En outre, les chercheurs ont remarqué que les marques de morsure sur les non-théropodes se situaient sur les zones hautement nutritives du squelette, tandis que les marques repérées sur les restes des théropodes avaient tendance à se situer dans les zones de faible qualité nutritionnelle.

Comportements charognards et cannibalisme

Ce que montre cette étude, c’est que certains carnivores n’avaient parfois pas d’autre choix que de ronger les restes de carcasses pour survivre. Couplé au fait que des allosaures pouvaient être amenés à s’attaquer aux restes de leur propre espèce, cela suggère que ces dinosaures devaient essuyer des conditions environnementales parfois très rudes (période de sécheresse notamment), les menant à se transformer en charognards. Et parfois même à se tourner vers le cannibalisme.

Les preuves du cannibalisme des dinosaures sont rares dans les archives fossiles. À ce jour, seuls deux autres dinosaures prédateurs – Tyrannosaurus et Majungasaurus – étaient connus pour se nourrir parfois des carcasses de leur propre espèce.

La paléontologue note cependant que ces comportements ne sont pas si “extraordinaires” chez les carnivores modernes. « Presque aucun prédateur ne refusera un repas gratuit, donc la frontière entre prédateurs et charognards est au mieux très floue », explique-t-elle. Il n’est donc pas si étonnant d’imaginer qu’Allosaurus, comme d’autres super-prédateurs, puisse également être concerné par cette approche si les conditions l’exigeaient.

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Plusieurs marques de coupes faites par des théropodes sur les os d’autres théropodes. Crédits : Drumheller et al., PLOS ONE, 2020

Soulignons enfin que les stries isolées sur un os particulier, créées par les dentelures d’une dent de carnivore, ont été jugées “trop grosses” pour avoir été faites par un allosaure moyen. L’assaillant était soit un allosaure de taille exceptionnellement grande, soulignent les chercheurs, soit un prédateur jurassique beaucoup plus rare appelé Torvosaurus. Il est également possible que le dinosaure incriminé soit d’une espèce encore inconnue.

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