Quand les humains ont-ils commencé à porter des vêtements ?

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Une illustration d'Homo heidelbergensis, un parent humain moderne, portant des peaux d'ours des cavernes pour se protéger du froid. Crédits : Benoît Clarys/Université de Tübingen

L’histoire de l’humanité est tissée de nombreuses évolutions, de la maîtrise du feu à l’invention de la roue. Parmi ces avancées, l’une des plus personnelles et pourtant les moins documentées reste l’adoption des vêtements. Cette innovation simple en apparence marque pourtant une étape fondamentale de notre évolution. Mais alors que les outils en pierre et les structures anciennes racontent leurs histoires à travers les siècles, les vêtements, eux, n’ont laissé que très peu de traces directes. Pour démêler le fil de cette énigme, les chercheurs se sont tournés vers un petit parasite bien connu de nos enfants.

De la descente des arbres à la nécessité de se couvrir

L’évolution des premiers humains à partir de leurs ancêtres simiesques est marquée par plusieurs jalons évolutifs clés qui ont façonné notre espèce et son mode de vie. L’un de ces changements significatifs a été la transition de la vie dans les arbres à une existence principalement terrestre. Cette transition a entraîné l’adoption de la bipédie, c’est-à-dire la capacité de se tenir debout et de marcher sur deux jambes. Cette adaptation aura offert plusieurs avantages, tels que la possibilité de parcourir de longues distances plus efficacement, de libérer les mains pour utiliser des outils et d’améliorer la vision à longue distance en se tenant debout.

Parallèlement à ces modifications, un autre changement majeur a été la perte progressive de la fourrure corporelle qui recouvrait les ancêtres simiesques des humains. Cette perte de fourrure est considérée comme une réponse adaptative à de nouveaux environnements et modes de vie. La réduction de la fourrure corporelle a probablement aidé à réguler la température du corps lors de la chasse ou de la collecte de nourriture sous un soleil brûlant, en favorisant la dissipation de la chaleur par la transpiration. Cependant, cela a également rendu les humains plus vulnérables aux conditions environnementales adverses, comme le froid et les rayonnements UV.

Face à cette nouvelle vulnérabilité, les premiers humains ont alors dû développer des stratégies pour se protéger des éléments. L’une des innovations les plus critiques à cet égard a été la création des premières formes de vêtements. Cette innovation représente un jalon culturel majeur, car elle reflète non seulement un ajustement physique à de nouveaux défis environnementaux, mais aussi une évolution comportementale et technologique.

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Crédits : Denis-Art/iStock

Les poux ont des choses à nous dire

La question de savoir quand exactement cette innovation est apparue reste cependant difficile. Les matériaux organiques utilisés dans les premiers vêtements se décomposent en effet rapidement et ne survivent pas dans le registre archéologique aussi longtemps que les outils en pierre ou les os.

Pour répondre à cette interrogation, les chercheurs ont alors dû faire preuve d’ingéniosité, se tournant vers des indices indirects. L’un des moyens les plus surprenants d’aborder cette question a été l’étude des poux. En effet, ces parasites se sont révélés être de précieux indicateurs dans la compréhension de nos propres évolutions.

David Reed, biologiste à l’Université de Floride, s’est récemment penché sur les changements dans l’histoire évolutive des poux en lien avec la perte de poils chez les humains et leur utilisation ultérieure de vêtements. Hautement spécialisés, les poux ne survivraient pas dans un environnement différent de celui pour lequel ils sont adaptés. Ainsi, l’évolution de poux capables de vivre dans les vêtements indique une adaptation à une nouvelle niche écologique créée par le port de vêtements par les humains.

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Crédits : Narong Sutinkham/iStock

Une utilisation régulière des vêtements il y a 170 000 ans ?

En analysant l’ADN des poux, les chercheurs ont estimé que la divergence entre les poux du corps et les poux de tête s’était produite il y a environ 3 millions d’années, tandis que des études génétiques suggèrent que les humains ont perdu leur fourrure il y a environ 1,2 million d’années. Cette période représente une estimation de quand les ancêtres humains ont pu commencer à perdre leur fourrure.

Une autre étape clé dans cette enquête a été l’identification d’un type de pou spécifique aux vêtements, suggérant que les humains modernes ont commencé à porter des vêtements régulièrement il y a environ 170 000 ans. Cette période coïncide avec une ère glaciaire qui implique une nécessité accrue de protection contre le froid.

Cependant, des preuves archéologiques, telles que des marques de découpe sur des os d’animaux, suggèrent que les hominidés utilisaient des peaux d’animaux comme vêtements ou abris il y a environ 300 000 ans. Ce constat, issu de l’analyse de sites en Allemagne, indique une utilisation antérieure de peaux pour se protéger du froid. Ian Gilligan, de l’Université de Sydney, note ainsi que l’étude des poux ne révèle que le moment où les vêtements étaient portés régulièrement, laissant ainsi entrevoir la possibilité d’un port intermittent de vêtements dans notre passé lointain.