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Comment les pucerons manipulent les plantes pour se nourrir

Crédits : francok35 / Pixabay

Des chercheurs du CNRS et de l’Inra viennent de révéler comment le puceron s’y prend pour se nourrir des plantes. En détournant un de ses mécanismes de défense, il parvient à manipuler la plante hôte afin d’en inhiber les mécanismes immunitaires.

Les pucerons causent de multiples ravages dans les jardins, champs et autres cultures agricoles. Les causes de ces prélèvements de sève des plantes sans que les pucerons ne soient jamais inquiétés par les défenses immunitaires de celles-ci étaient jusque là méconnues, mais dans la revue Current Biology, des chercheurs de l’Inra et du CNRS ont publié les travaux qui expliquent ce phénomène. Le puceron est en réalité un sacré manipulateur.

Pour parvenir à des résultats, ces chercheurs ont étudié deux espèces très répandues de cet insecte phytophage (végétarien) : le puceron du pois (Acyrthosiphon pisum) et le puceron du pêcher (Myzus percicae). Chez les deux espèces, ils ont découvert la présence de protéines appelées MIF (facteurs inhibiteurs de la migration des cellules macrophages), fortement impliquées dans leur mécanisme de défense immunitaire, et qui n’avaient encore jamais été décelées chez l’insecte.

Une observation a particulièrement surpris les chercheurs, la présence dans les glandes salivaires de ces deux espèces de la protéine MIF1. Cela suggère que cette protéine tienne un rôle, non pas dans l’immunité de l’animal, mais dans son processus d’alimentation. Une fois libérée dans les tissus de la plante, cette protéine inhibe considérablement les défenses immunitaires de celle-ci : « Le rôle de MIF1 consiste à bloquer les nombreuses défenses immunitaires du végétal. Un exemple : quand pour accéder à la sève, le parasite “pique” la plante, celle-ci se défend en produisant un polymère très résistant qui vient renforcer la paroi végétale. MIF1 bloque cette réaction », explique Christine Coustau, de l’institut Sophia Agrobiotech à Sophia-Antipolis (Alpes-Maritimes).

Pour la première fois, des travaux révèlent que des parasites de plantes utilisent la même technique de manipulation que celle utilisée par les parasites d’animaux, comme les tiques et les vers, qui se servent aussi des protéines MIF pour moduler la réponse immunitaire de leurs hôtes respectifs.

Source : Inra

– Illustration : Bernard Chaubet / Inra