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Comment le protocole de Montréal nous a sauvés d’une « terre brûlée »

Crédits : Medi2Go/Pixabay

Si les pays signataires du Protocole de Montréal ne s’étaient pas engagés à interdire les produits chimiques destructeurs d’ozone à la fin des années 1980, le changement climatique aurait considérablement aggravé le réchauffement de la planète d’ici les années 2040.

Les chlorofluorocarbures ou simplement CFC ont suscité un vif intérêt de la part des industriels il y a quelques décennies, de par leurs propriétés physico-chimiques très intéressantes. Ils ont donc été utilisés massivement jusqu’au jour où nous avons pris conscience du rôle destructeur de ces produits sur la couche d’ozone provoqué notamment par les rejets de composés contenant du chlore ou du brome.

Grâce au protocole de Montréal et à ses amendements, signés en 1987, les molécules en question ont été peu à peu remplacées par d’autres composés moins néfastes pour la l’ozone stratosphérique. Et depuis, cette couche a montré de signes de rétablissement.

Dans le cadre d’une étude publiée dans Nature, une équipe de chercheurs a tenté de mesurer l’impact de ces actions sur l’évolution du changement climatique. Autrement dit, que se serait-il passé si l’interdiction mondiale des CFC n’avait jamais été actée ?

D’après les modèles, la signature du Protocole de Montréal nous a véritablement donné une chance de lutter contre le réchauffement climatique. Entendez par là : la situation est critique et sera très compliquée à l’avenir, mais elle aurait pu être bien pire.

L’impact sur les plantes

Les plantes absorbent le dioxyde de carbone dans le cadre du processus de photosynthèse. Des études ont montré que de fortes augmentations des UV peuvent restreindre la croissance des plantes, endommager leurs tissus et altérer leur capacité à entreprendre ce processus indispensable au vivant.

Ce que nous montrent ces modèles, c’est qu’une utilisation continue des chlorofluorocarbures aurait exposé la végétation à beaucoup plus d’UV, entravant ainsi la capacité de la planète à absorber le carbone de l’atmosphère. Et moins il y a de carbone dans les plantes et les sols, plus il en reste dans l’atmosphère sous forme de CO2.

De manière plus globale, sans l’interdiction des CFC du Protocole de Montréal, 580 milliards de tonnes de carbone en moins auraient été stockées dans les forêts, la végétation et les sols d’ici la fin du siècle. Les chercheurs ont également estimé qu’il y aurait 165 à 215 parties par million de CO2 supplémentaires dans l’atmosphère, soit 40 à 50 % de plus qu’aujourd’hui. Enfin, cette énorme quantité de CO2 supplémentaire aurait contribué à un réchauffement de planète de 0,8°C.

plantes protocole de montréal
Crédits : Free-Photos /Pixabay

Le « monde évité »

Les substances appauvrissant la couche d’ozone telles que les CFC, sont également de puissants gaz à effet de serre. D’ici 2100, les chercheurs ont calculé que cet effet aurait contribué à lui seul à un réchauffement de la planète supplémentaire de 1,7°C. Si l’on ajoute les 0,8 °C provenant du CO2 supplémentaire inhérent au processus de photosynthèse perturbé, on obtient alors 2,5 °C supplémentaires dans la nacelle.

Rappelons que notre planète a déjà connu un réchauffement de 1°C comparé aux moyennes préindustrielles. Aussi, même si étions parvenu d’une manière ou d’une autre à atteindre le zéro émission nette de CO2 dès demain, cette hausse supplémentaire de 2,5 °C nous aurait amenés à une température moyenne de + 3,5 °C. À ce stade, le monde aurait été intenable.

« Avec nos recherches, nous pouvons voir que les succès du Protocole de Montréal vont au-delà de la simple protection de l’humanité contre l’augmentation des UV« , souligne le Dr Paul Young, de l’Université de Lancaster. « Bien que nous puissions espérer que nous n’aurions jamais atteint le monde catastrophique que nous avons simulé, cela nous rappelle l’importance de continuer à protéger la couche d’ozone. Des menaces tout à fait concevables existent toujours, telles que l’utilisation non réglementée des CFC« .