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Sur Mars, les premiers équipages pourraient rapidement se « couper du monde »

Crédits : ICON/NASA

De nouvelles simulations de missions longue durée sur Mars laissent à penser que les futurs équipages se détacheront rapidement du centre de contrôle pour évoluer de manière indépendante.

Les défis de l’exploration humaine de Mars

Plusieurs agences ambitionnent d’envoyer des humains sur Mars avant 2040. Pour ce faire, de nombreux défis vont devoir être surmontés. Sur le plan technique, d’une part, il s’agira d’assurer un atterrissage en toute sécurité sur la planète rouge. Sur le plan sanitaire, rappelons que nous sommes le fruit de millions d’années d’évolution, façonnés par la pression, l’atmosphère, les températures et la gravité terrestres. Aussi, nous devrons également évaluer la réponse de notre corps à cet environnement martien hostile.

Néanmoins, n’oublions pas les enjeux psychologiques et comportementaux, souvent moins évoqués. Une mission sur Mars induira en effet un long voyage, un isolement forcé et des retards de communication pouvant aller jusqu’à vingt minutes dans chaque sens inhérents à la distance qui sépare la planète rouge de la Terre.

Le fait est que les chercheurs n’ont tout simplement aucune idée de la façon dont une équipe isolée à près de 380 millions de kilomètres de chez elle pourrait se débrouiller sur place. Les astronautes maintiendraient-ils une communication constante avec la Terre et travailleraient-ils parfaitement en équipe ? Ou au contraire, se détacheraient-ils de leurs supérieurs en formant une colonie autonome ?

Pour tenter d’anticiper ces réactions, des chercheurs russes ont développé le projet SIRIUS qui vise à mieux appréhender la psychologie des astronautes lors de longs vols spatiaux. Et de nouveaux résultats, publiés dans Frontiers in Physiology, confirment certaines inquiétudes.

Une forte indépendance

Ces travaux s’appuient sur deux expériences d’isolement de 17 et 120 jours en 2017 et 2019, respectivement, impliquant à chaque fois un équipage mixte de douze personnes.

Des simulations précédentes laissaient à penser que les équipages envoyés sur place commenceraient à se déconnecter rapidement du contrôle de mission. Ces nouvelles expériences font le même constat, soulignant que les retards de communication couplés à la période prolongée loin de la Terre Mère amèneront les astronautes à se replier sur eux-mêmes.

Dans le détail, les deux équipages ont rapidement commencé à réduire leurs communications avec le centre de contrôle de mission, à de rares exceptions près telles que les événements de mission importants comme la simulation d’atterrissage opérée à mi-parcours. D’après le rapport, les astronautes se détachaient au point d’ignorer parfois recommandations faites par le centre pour devenir de plus en plus autonomes à mesure qu’ils s’adaptaient à leur mission.

Que l’équipage prenne les choses en main pourrait être perçu comme un signe positif. Toutefois, l’équipe en charge du projet souligne également les possibles revers de ce type de tournure. « Le côté négatif est que le contrôle de mission perd la possibilité de comprendre les besoins et les problèmes de l’équipage, ce qui entrave par conséquent la capacité à fournir un soutien« , détaille Dmitry Shved de l’Académie des sciences de Russie et de l’Institut de l’aviation de Moscou.

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Le type d’habitat dans lequel évoluaient les membres d’équipage. Crédits : Projet SIRIUS

Ces deux expériences ont également souligné que les femmes étaient d’abord plus enclines à signaler les problèmes rencontrés au centre de contrôle, tandis que les hommes étaient moins susceptibles de les communiquer. Fait intéressant : ces caractéristiques de communication différentes en premier lieu sont finalement devenues de plus en plus similaires au cours de la mission, chacun s’adaptant au style de communication de l’autre.

Notez qu’une autre expérience du projet SIRIUS est en cours depuis le 4 novembre, impliquant cette fois un isolement de huit mois.