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Le Projet Lyra vise à chasser ce nouvel intrus venu d’ailleurs

Crédits : ESO/M. Kornmesser

L’annonce de la découverte d’un tel objet en provenance du milieu interstellaire déclenchait il y a quelques jours une vague mondiale d’excitation. Tellement que certains préconisent aujourd’hui que l’astéroïde, baptisé « Oumuamua », soit intercepté et exploré. L’équipe du Lyra Project fait partie de ces adeptes. Ils ont récemment publié une étude détaillant les défis et les avantages qu’une telle mission présenterait.

Les observations de suivi réalisées à l’aide du Very Large Telescope (VLT) de l’ESO ont permis d’en apprendre davantage sur la taille, la luminosité, la composition, la couleur et l’orbite de l’astéroïde. Celles-ci ont notamment révélé que « Oumuamua » mesurait environ 400 mètres de long, qu’il était très allongé (mais ça vous le saviez) et qu’il tournait sur son axe toutes les 7,3 heures. Côté composition, l’objet semble contenir de la roche et des métaux, mais également des traces de tholins — des molécules organiques irradiées par les rayons UV. L’astéroïde suit par ailleurs une orbite extrêmement hyperbolique — avec une excentricité de 1,2 — menant l’objet à prochainement sortir de notre Système solaire.

Étant donné que cet astéroïde est de nature extra-solaire, une mission qui serait capable de l’étudier de près pourrait nous en apprendre davantage sur le système dans lequel il s’est formé. Son arrivée dans notre système nous a également fait prendre conscience de l’existence de ces astéroïdes extra-solaires, une nouvelle classe d’objets interstellaires que les astronomes estiment arriver dans notre système à un rythme d’environ un par an. Ainsi, et pour toutes ces raisons, l’équipe du Projet Lyra est convaincue qu’étudier plus en détail cet objet serait une opportunité unique. Sur le papier on ne peut qu’acquiescer, mais la faisabilité d’une telle mission présente aujourd’hui un énorme défi.

Le plus évident est celui de la vitesse de déplacement de cet objet qui, on le rappelle, ne cesse de s’éloigner. « Oumuamua » est déjà en train de sortir de notre Système solaire, se déplaçant à une vitesse de 26 km/s — soit environ 95 000 km/h. Aucune mission dans l’histoire de l’exploration spatiale n’a été aussi rapide, et les missions les plus rapides à ce jour n’ont réussi qu’à atteindre environ les deux tiers de cette vitesse (Voyager 1, l’objet le plus rapide jamais construit par l’humanité, a une vitesse hyperbolique de 16,6 km/s. Premier point. Vient ensuite le compromis entre la date de lancement et le temps de trajet ; pour vous donner une idée, l’astéroïde devrait atteindre l’orbite de Saturne dans deux ans environ. Dernier point, mais pas le moindre, est le compromis entre la vitesse excessive de l’engin spatial au lancement et sa vitesse excessive par rapport à l’astéroïde au cours de la rencontre. La vitesse excessive est préférable au lancement, car elle se traduira par des temps de déplacement plus courts. Mais une vitesse excessive pendant la rencontre signifierait que l’engin spatial aurait moins de temps pour effectuer des mesures et recueillir des données sur l’astéroïde lui-même.

« Pour résumer, les futurs concepteurs de cette mission devront trouver des compromis appropriés entre ces différents paramètres. Pour une date de lancement réaliste dans 5 à 10 ans, la vitesse excédentaire hyperbolique est de l’ordre de 33 à 76 km/s avec une rencontre à une distance bien au-delà de Pluton [50-200 UA] », note l’organisation. Nul doute qu’une mission sur cet objet étendra la limite de ce qui est aujourd’hui technologiquement possible. C’est un axiome ancestral que des défis décourageants sont essentiels à l’innovation et au changement. À cet égard, l’apparition de « Oumuamua » dans notre système a réellement stimulé l’intérêt pour l’exploration des astéroïdes interstellaires. Et même s’il ne sera peut-être pas possible d’explorer cet astéroïde au cours des prochaines années, l’arrivée de futurs intrus rocheux dans notre système pourrait être, par la suite, facilement accessible.

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