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Le président américain qui passa ses derniers mois à être nourri par le rectum

Garfield après son élection en 1880. Crédits : Brady-Handy Photograph Collection

À son réveil le 2 juillet 1881, l’ancien Président américain James Garfield aurait été surpris et consterné d’apprendre que, quelques heures plus tard, il serait visé dans le dos par une arme à feu. Il aurait été tout aussi surpris et encore plus consterné d’apprendre qu’il survivrait à cette fusillade pendant plusieurs semaines, devant être nourri par le rectum.

Le matin du 2 juillet 1881, le président Garfield, fraîchement élu, se rend au Williams College pour donner un discours. Ses deux fils, James et Harry, sont également présents. Alors qu’ils traversent une rue les menant à la gare de la Baltimore and Potomac Railroad, à Washington, Charles J. Guiteau s’approche de lui et lui tire deux balles dans le dos à bout portant. Il est 9 h 30.

Guiteau avait tiré en représailles pour s’être vu refuser un poste de consul à Paris, poste pour lequel il n’était pas fait. D’une part, il ne parlait pas français, mais surtout, il souffrait de troubles mentaux. Quand sa nomination fut rejetée, Guiteau s’était mis à croire que le parti républicain avait été trahi et que Dieu lui avait affirmé qu’il pourrait sauver le pays si Garfield était « éliminé ». Il pensait qu’il serait acquitté, puis élu Président.

Dans le jargon, on appelle ça « terminer le travail de l’assassin »

La première balle érafle Garfield au bras et la seconde se loge près de son foie. Plusieurs médecins se précipitent alors pour s’occuper du Président, dont le Dr Doctor Willard Bliss (son prénom était bien Doctor) qui allait devenir son médecin en chef au cours des prochains mois jusqu’à son décès.

Sur place, les membres de l’équipe médicale tente de retirer la seconde balle en plongeant leurs doigts non lavés à l’intérieur, mais sans succès. Une fois à la Maison-Blanche, les médecins essayent de nouveau avec du matériel médical non stérilisé manipulé par des mains toujours non lavées au préalable. Dans le jargon, on appelle ça « terminer le travail de l’assassin ». Joseph Lister, un chirurgien britannique, avait pourtant déjà démontré les avantages médicaux de l’antisepsie dans la chirurgie opératoire depuis plusieurs années à cette époque.

Le Dr Doctor Willard Bliss n’avait malheureusement pas encore accepté ces avantages, et dans sa détermination à faire sortir la balle, lui et son équipe ont introduit des germes dans les blessures de leur président.

Pour couronner le tout, Garfield reçoit de fortes doses de morphine pour sa douleur, mais aussi de la quinine, un antipaludique. Ces deux traitements affaiblissent l’homme au point qu’il est incapable de se nourrir. C’est ainsi que le Dr Bliss, déterminé à le sauver, a commencé à chercher d’autres « points d’accès ».

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Le brigadier général Garfield lors de la guerre de Sécession. Crédits : Mathew Brady

Alimentation rectale

Il se tourne finalement vers le rectum. Au départ, Bliss essaye de nourrir Garfield avec des jaunes d’œufs mélangés avec de l’extrait de bœuf et du whisky. Très vite, l’odeur des flatulences le conduit à se tourner vers d’autres recettes. Les œufs sont ensuite remplacés par du sang de vache, mais celui-ci se met à pourrir à l’intérieur du rectum du président.

L’équipe a finalement opté pour un autre mélange composé de bœuf haché et d’un peu d’eau froide auquel étaient ajoutés quelques gouttes d’acide muriatique et un peu de sel. Après avoir macéré pendant une heure, la mixture était pressée pour éliminer toute matière soluble, avant d’être insérée par le rectum.

L’idée de se nourrir par ce glorieux orifice était populaire à l’époque. Depuis, il a été démontré qu’outre le fait d’être dangereuse, cette technique était un moyen inefficace d’ingérer des calories et de se réhydrater. Elle a finalement été condamnée outre-Atlantique en tant que procédure médicale par de nombreux médecins après avoir été utilisée par la CIA comme méthode de torture.

Au final, les infections liées aux différentes chirurgies ordonnées par le Dr Bliss combinées à la malnutrition causée par le traitement antipaludique et l’alimentation rectale ordonnée par ce même docteur ont eu raison du Président. Il décèdera d’un infarctus du myocarde ou d’une rupture d’anévrisme de l’artère splénique consécutive à une septicémie et une pneumonie, le 19 septembre 1881, soit près de trois mois après sa tentative d’assassinat.