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Premiers humains hors d’Afrique : une découverte en Géorgie réécrit le scénario

Dans les montagnes du Caucase, une découverte archéologique bouleverse ce que nous pensions savoir des premiers pas de l’humanité hors d’Afrique. Une mâchoire d’Homo erectus, exhumée en Géorgie, pourrait réécrire l’histoire des migrations humaines à une époque où notre espèce n’existait pas encore.

Une découverte au cœur du Caucase

À une centaine de kilomètres au sud de Tbilissi, capitale de la Géorgie, se trouve le site d’Orozmani. C’est là que des archéologues ont mis au jour, en juillet 2024, une mâchoire partielle d’Homo erectus vieille d’environ 1,8 million d’années. Une trouvaille qui, à première vue, pourrait sembler anodine, mais qui soulève en réalité des questions majeures sur l’histoire des migrations humaines.

Homo erectus est considéré comme le premier ancêtre humain à avoir quitté l’Afrique, il y a près de 2 millions d’années. Mais jusqu’à récemment, le site de Dmanisi, situé à seulement 19 kilomètres d’Orozmani, était le seul témoignage attestant de cette sortie précoce. Là, les fouilles avaient révélé plus de cent ossements, dont cinq crânes parfaitement conservés, suggérant qu’un petit groupe d’hominidés avait établi une colonie isolée dans la région.

Avec la découverte d’Orozmani, les chercheurs se demandent désormais si cette migration était bien limitée à Dmanisi… ou si plusieurs groupes humains avaient, en réalité, colonisé le Caucase simultanément.

Dmanisi, Orozmani : deux sites, une même époque

Les premières fouilles à Orozmani ont débuté en 2020. Les chercheurs y avaient déjà trouvé des outils en pierre associés à des restes d’animaux préhistoriques, ainsi qu’une dent humaine isolée en 2022. Mais la découverte de cette mâchoire apporte une nouvelle dimension : elle suggère qu’Homo erectus n’était pas seulement présent à Dmanisi, mais peut-être bien implanté dans toute la région.

Les datations effectuées sur les couches géologiques de Dmanisi et d’Orozmani indiquent qu’elles appartiennent toutes deux à la même période, entre 1,825 et 1,765 million d’années. Cela signifie que ces groupes humains vivaient peut-être simultanément dans le Caucase, à une époque où l’Europe et l’Asie étaient encore des terres inconnues pour l’humanité.

Karen Baab, anthropologue à l’Université Midwestern en Arizona, souligne l’importance de cette découverte : « Cela pourrait montrer que le mouvement vers la Géorgie n’était pas un événement isolé, mais qu’Homo erectus occupait une zone beaucoup plus vaste que ce que nous pensions. »

mâchoire Homo Erectus
Des chercheurs ont découvert un fragment de mâchoire et de dents sur le site archéologique d’Orozmani, en Géorgie. Crédit image : Giorgi Bidzinashvili

Les mystères de l’exode hors d’Afrique

L’évolution humaine est jalonnée de grandes questions, et l’une des plus fascinantes concerne la première migration hors d’Afrique. Pourquoi Homo erectus a-t-il quitté le continent où il avait évolué ? Était-ce la recherche de nourriture ? Le climat ? La curiosité ?

Les fossiles de Dmanisi ont montré que ces pionniers étaient plus petits et avaient un cerveau plus réduit que l’Homo sapiens moderne. Loin de l’image du chasseur-cueilleur robuste, ces premiers explorateurs étaient des hominidés modestes, mais capables de fabriquer des outils et de s’adapter à de nouveaux environnements.

La découverte d’Orozmani pourrait donc fournir des indices sur les conditions de vie de ces groupes : ont-ils survécu grâce à la chasse ? Se sont-ils déplacés en clans ? Ont-ils interagi avec d’autres espèces humaines ?

Pour l’instant, une seule chose est certaine : la présence d’Homo erectus dans le Caucase était plus complexe et plus étendue que ce que nous imaginions il y a encore quelques années.

Une course contre le temps

Les chercheurs géorgiens espèrent obtenir, d’ici la fin de l’année, une datation précise de la mâchoire d’Orozmani. Si elle s’avère plus ancienne que les fossiles de Dmanisi, elle deviendrait la plus vieille trace d’Homo erectus en dehors d’Afrique.

Mais même si elle est contemporaine, elle montre déjà que la région du Caucase a joué un rôle clé dans l’histoire humaine, servant peut-être de première porte d’entrée vers l’Eurasie pour nos ancêtres.

Comme le résume Giorgi Bidzinashvili, responsable des fouilles : « Nous commençons à comprendre que l’histoire de la première migration humaine est loin d’être linéaire. Elle est faite de détours, de petits groupes qui s’aventurent, qui disparaissent parfois, mais qui laissent des traces que nous commençons à peine à découvrir. »

Brice Louvet

Rédigé par Brice Louvet

Brice est un journaliste passionné de sciences. Ses domaines favoris : l'espace et la paléontologie. Il collabore avec Sciencepost depuis près d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.