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Décidément, les premiers humains s’en prenaient plein la tête

Crédits : Sala et al. 2022

Selon une étude récente qui s’appuie sur l’analyse de vingt crânes vieux de 350 000 ans provenant d’une grotte espagnole, les premiers humains souffraient fréquemment de blessures à la tête, mais ils s’en remettaient. (Enfin, pas toujours.)

La Sima de los Huesos, près de Burgos dans le nord de l’Espagne, est un aven contenant un gisement paléolithique riche en fossiles. Les chercheurs se demandent encore si la fosse était un lieu de sépulture ou simplement un endroit où les ossements ont été emportés par les eaux de crue. Toujours est-il que le site, fouillé depuis 1984, a permis de récupérer plusieurs milliers de fossiles correspondant à toutes les régions du squelette d’au moins 28 hominidés appartenant probablement à l’espèce Homo heidelbergensis, qui pourrait avoir été un ancêtre commun de notre espèce et des Néandertaliens.

Dans le cadre d’une étude, des paléoanthropologues ont réussi à reconstituer les crânes partiels d’au moins vingt de ces hominidés. Et visiblement, la plupart d’entre eux semblent avoir subi des coups fracassants à la tête.

De nombreuses fractures

Un coup suffisamment fort porté par objet contondant sur un crâne humain peut enfoncer une petite section d’os, à condition qu’il soit concentré sur une zone relativement petite. À moins que la plaque osseuse brisée n’exerce une pression sur le cerveau, ces fractures du crâne dites « déprimées » guérissent généralement d’elles-mêmes.

Dans le cadre de ces travaux, l’anthropologue Nohemi Sala et son équipe, du Centre national espagnol de recherche sur l’évolution humaine, ont examiné les fragments de crâne avec un microscope et un tomodensitomètre. Sur dix-sept de ces crânes partiels, les chercheurs ont repéré la présence d’au moins un petit renfoncement en surface. La plupart mesuraient moins de deux centimètres de large et étaient peu profonds. Plus intéressant : toutes ces fractures montraient des signes de guérison (os remodelé sur les bords, arrondissant les arêtes vives). En d’autres termes, ces premiers humains avaient clairement survécu à des blessures mineures à la tête. Certains de ces crânes portaient même les marques d’au moins dix fractures cicatrisées.

Toujours selon l’analyse, les squelettes masculins et féminins (enfants inclus) présentaient à peu près le même nombre de fractures cicatrisées, ce qui suggère que tous étaient confrontés aux mêmes risques à peu près à la même fréquence.

crânes fractures
Ces images montrent à quoi ressemblent des fractures dépressives cicatrisées. Crédits : Sala et coll. 2022

Une époque violente

Que s’est-il passé dans l’Espagne du Pléistocène pour avoir autant de fractures crâniennes ? Rien qui ne se produise partout ailleurs. En effet, ce type de lésion non mortelle est relativement courant dans les archives fossiles paléolithiques. « Des fractures cicatrisées comme celles de Sima de los Huesos sont apparues sur les crânes des premiers membres de notre genre, comme Homo erectus, ainsi que chez les Néandertaliens et les membres de notre propre espèce« , relèvent les auteurs de ces travaux.

Cette étude menée dans La Sima de los Huesos reste néanmoins très intéressante, dans la mesure où elle concentre plusieurs individus concernés sur un même site.

Quant aux origines de ces fractures, on ne peut que spéculer. Des confrontations avec d’autres humains, des chutes et autres rencontres rapprochées avec des proies et prédateurs semblent toutefois être des suppositions raisonnables.

Si beaucoup ont guéri de leurs blessures, l’étude révèle également que ce n’était pas systématiquement le cas. Plusieurs de la moitié de ces individus sont en effet apparemment morts de coups violents portés à la tête. L’un d’eux présentait notamment deux fractures déprimées non guéries au niveau du front, apparemment causées par deux coups de la même arme. Six autres avaient également des fractures pénétrantes dans le dos et la base du crâne datant de peu avant leur décès.