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Premières transfusions de cellules sanguines cultivées en laboratoire

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Image au microscope d'un globule rouge cultivé en laboratoire. Crédits : NHSBT

Pour la première fois, des patients humains ont reçu des transfusions de cellules sanguines issues de cellules souches en laboratoire. À terme, cela pourrait révolutionner les transfusions sanguines. Pour l’heure, la procédure est toujours en phase d’essai clinique afin de vérifier son innocuité. 

Dans notre organisme, le sang est évidemment essentiel puisqu’il assure le transport d’oxygène, de nutriments, de déchets cellulaires ou encore d’hormones vers les organes. Il maintient également notre température corporelle, nos niveaux de pH ou encore l’équilibre des ions dans notre système circulatoire et nous protège des hémorragies et autres infections.

On a longtemps considéré que le sang devait être éliminé en cas de traumatisme. Les transfusions à des fins curatives sont donc relativement récentes, avec des premières tentatives (échouées) dès la fin du 17e siècle. Fort heureusement, des progrès ont été faits au cours des siècles. C’est ainsi que le 16 octobre 1914, le caporal Henri Legrain est devenu le premier Français directement transfusé et sauvé.

De nos jours, les transfusions sont monnaie courante et sauvent des millions de vies chaque année. Cependant, on manque encore de sang. La demande dépasse en effet l’offre (et de loin), tandis que l’appariement des groupes sanguins représente un autre problème.

Une alternative serait la production à grande échelle de cellules sanguines en laboratoire. L’idée n’est pas nouvelle, mais les moyens techniques ont longtemps freiné la progression des recherches. Plus récemment, des progrès ont été réalisés. Une étape importante a même été franchie avec une toute première transfusion de sang cultivé à des patients humains.

Un premier essai clinique

L’idée consiste à prélever non pas des globules rouges, mais des cellules souches du sang de donneurs. Celles-ci sont ensuite isolées et placées dans une solution nutritive pendant 18 à 21 jours, ce qui le pousse à se multiplier et à se développer en cellules sanguines plus matures. Ces nouvelles cellules sont ensuite purifiées, stockées et prêtes à être transfusées.

Un nouvel essai clinique dirigé par l’Université de Bristol, nommé RESTORE, cherche à tester la sécurité de ces transfusions et à déterminer leur durée de vie dans le corps.

Les globules rouges ont normalement une durée de vie d’environ 120 jours, mais le sang donné de manière conventionnelle contient un échantillon aléatoire de cellules d’âges différents. En pratique, leur durée de vie est donc plus courte. En revanche, me sang cultivé en laboratoire est entièrement « frais ». En théorie, il devrait donc réellement durer jusqu’à 120 jours.

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Flacons du liquide de culture cellulaire, incubant les globules rouges pour la transfusion. Crédit : NHSBT

L’essai inclura au moins dix participants qui recevront des « mini » transfusions de sang contenant seulement cinq à dix millilitres de globules rouges. Chaque participant recevra deux mini-transfusions à quatre mois d’intervalle : l’une sera constituée de cellules sanguines cultivées en laboratoire et l’autre de sang provenant d’un don standard.

Jusqu’à présent, seuls deux participants ont reçu des transfusions dans le cadre de cet essai. Pour l’heure, aucun n’a souffert d’effet secondaire indésirable.

Même s’il reste encore du chemin, les cellules sanguines cultivées en laboratoire pourraient à terme offrir quelques avantages par rapport au sang conventionnel. Par exemple, pour les personnes souffrant d’affections nécessitant des apports réguliers, la durée de vie plus longue de ces cellules sanguines devrait leur permettre de prolonger les intervalles entre les transfusions.