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Pour la première fois, la reprogrammation cellulaire a inversé le processus de vieillissement chez des souris

Crédits : Pixabay

La fontaine de jouvence semble prendre forme. Pour la première fois, des scientifiques ont utilisé la reprogrammation cellulaire pour inverser le processus de vieillissement chez des souris vivantes avec une forme de vieillissement prématuré. Elles ont pu vivre 30 % plus longtemps.

La technique utilisée implique l’utilisation de « cellules souches pluripotentes induites » (CSPI) permettant jusque-là aux scientifiques de reprogrammer les cellules de la peau jusqu’à un état de type embryonnaire. Ici, les scientifiques sont parvenus à montrer que, en plus de reprogrammer les cellules, il est possible d’inverser le vieillissement de créatures vivantes.

« Dans de précédentes études, les scientifiques ont complètement reprogrammé les cellules pour les faire revenir à un état de type cellules souches. Mais nous montrons pour la première fois qu’en exprimant ces facteurs sur une courte durée, on peut maintenir l’identité de la cellule tout en inversant caractéristiques associées à l’âge » , déclare Pradeep Reddy, du Salk Institute for Biological Studies.

La technique CSPI a été développée en 2006 par le chercheur japonais Shinya Yamanaka lorsqu’il a découvert que les cellules différenciées pouvaient être rétrogradées à un état de cellules souches embryonnaires en induisant l’expression de quatre gènes connus comme les « facteurs Yamanaka ».

Mais reprogrammer les cellules jusqu’à un stade embryonnaire n’est pas sans danger. Une recherche datant de 2014 a montré qu’introduire ces CSPI chez des animaux vivants pouvait leur être fatal en entraînant des tumeurs cancéreuses ou des défaillances d’organes, les cellules adultes ayant perdu leur identité. « Il y a clairement une logique à cela », explique au Guardian Wolf Reik, chercheur en épigénétique à l’Université de Cambridge, au Royaume-Uni. « Avec les cellules CSPI, vous réinitialisez l’horloge pour revenir à zéro. Revenir à zéro n’est pas ce que vous voulez. La question est : à quand voulez-vous revenir ? »

C’est cette réflexion qui a conduit les chercheurs du Salk Institute à travailler sur la reprogrammation partielle des cellules. Plutôt que d’induire les « facteurs Yamanaka » à trois semaines, ce qui mène à la pluripotence, ils n’ont induit les gènes qu’entre deux à quatre jours. Cela signifie que la cellule maintient sa différenciation. Elle ne retourne pas à l’état de cellule souche (embryonnaire), mais devient une version plus jeune d’elle-même.

Pour les chercheurs, cette reprogrammation partielle supprime l’accumulation de ce qu’on appelle les marques épigénétiques dans nos cellules, à savoir l’usure qui s’accumule dans notre génome à cause des facteurs environnementaux et externes. Au fil du temps, ces marques deviennent de plus en plus prononcées, dégradent l’efficacité des cellules et contribuent à ce qu’on appelle le vieillissement. 

Chez des souris atteintes de progéria (une maladie génétique rare qui provoque un vieillissement prématuré), un traitement de reprogrammation partielle a été administré à certaines d’entre elles. Celles-ci ont vécu 24 semaines en moyenne contre 18 semaines pour celles qui n’avaient pas reçu le traitement. En plus d’une vie plus longue, la santé des animaux malades a également été améliorée avec des fonctions cardiovasculaires et des organes qui ont évolué dans un meilleur état. 

La technique a aussi été appliquée à des souris en bonne santé. Leurs organes et diverses fonctions ont également évolué de manière positive, mais impossible pour le moment de savoir si elles vivront plus longtemps que celles qui n’ont pas reçu le traitement puisqu’elles sont pour le moment encore toutes en vie.

Ce sont des résultats prometteurs, mais c’est encore bien trop tôt pour envisager une application de cette technique sur l’homme pour le moment. « De toute évidence, les souris ne sont pas des humains et nous savons que ce sera beaucoup plus complexe de rajeunir une personne », déclare Izpisúa Belmonte, membre de l’équipe de chercheurs, qui évoque d’éventuels essais cliniques sur des humains d’ici une dizaine d’années.

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Rédigé par David Louvet-Rossi