La première météorite boomerang au monde découverte dans le Sahara ?

NWA 13188 météorite boomerang
La météorite présumée NWA 13188, qui a été découverte au Maroc en 2018, pourrait provenir de la Terre. Crédits : Albert Jambon

Une équipe de chercheurs annonce avoir possiblement identifié la première « météorite boomerang ». Découverte il y a cinq ans dans le désert du Sahara, cette roche inhabituelle aurait quitté notre planète il y a plusieurs milliers d’années, avant de finalement revenir après un séjour passé dans l’espace. Cependant, tout le monde n’est pas encore convaincu.

D’où viennent les météorites ?

Les météorites retrouvées sur Terre proviennent principalement d’astéroïdes. Certains, notamment dans la ceinture située entre Mars et Jupiter, peuvent en effet entrer en collision les uns avec les autres, provoquant des éjections de débris. Ces fragments peuvent alors être éjectés de leur orbite d’origine et dériver dans l’espace jusqu’à ce qu’ils entrent dans l’atmosphère terrestre. Des météorites martiennes ont également été retrouvées sur notre planète. Ces objets se forment lorsque des roches ou des débris sont éjectés de la surface de la planète rouge lors d’impacts d’astéroïdes. Là encore, certains de ces matériaux peuvent voyager dans l’espace pendant de nombreuses années avant de finalement entrer dans l’atmosphère terrestre en tant que météorites.

Cette nouvelle météorite, nommée NWA 13188, pèse environ 646 g et aurait quant à elle une autre origine.

Un petit tour et puis revient

Découverte par des chasseurs de météorites dans une partie inconnue du désert du Sahara au Maroc en 2018, cette roche a tout de suite interrogé les chercheurs. Sa composition paraissait en effet très comparable à un certain type spécifique de roches volcaniques. Récemment, une équipe dirigée par Jérôme Gattacceca, de l’Université d’Aix-Marseille, a finalement déterminé que cette météorite avait une origine terrestre. Les résultats de leurs travaux, qui n’ont pas encore été évalués par des pairs, ont été présentés le 11 juillet 2023 lors d’une conférence internationale de géochimie tenue à Lyon.

Tout d’abord, NWA 13188 serait bel et bien une météorite. Les chercheurs ont en effet identifié et analysé une croûte de fusion bien développée enrobant la roche, signe qu’elle a partiellement brûlé dans l’atmosphère terrestre. En outre, l’équipe a identifié des traces d’isotopes (des éléments avec un nombre différent de neutrons dans leur noyau), dont le béryllium-3, l’hélium-10 et le néon-21. Cela suggère que la roche a été exposée à des rayons cosmiques, des particules à haute énergie qui se déplacent dans l’espace presque à la vitesse de la lumière. Le niveau de ces isotopes suggère que la roche était dans l’espace depuis au moins 10 000 ans.

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Une coupe transversale d’une partie de la croûte de fusion de la météorite qui montre qu’elle a partiellement brûlé l’atmosphère. Crédits : Albert Jambon

L’origine de cette météorite est encore débattue

Mais alors, si cette roche était à l’origine terrestre, comment a-t-elle pu finir dans l’espace, avant de revenir ? Les chercheurs proposent deux explications. La première implique une énorme éruption volcanique; la seconde un impact d’astéroïde colossal. La deuxième option paraît la plus probable dans la mesure où aucune éruption volcanique enregistrée n’aurait été suffisamment puissante à notre connaissance pour catapulter des roches terrestres dans l’espace.

Malgré tout, plusieurs chercheurs sont encore sceptiques en ce qui concerne l’origine de cette roche. Ludovic Ferrière, conservateur de la collection de météorites au Musée d’histoire naturelle de Vienne en Autriche, souligne en effet qu’une conclusion aussi extraordinaire doit nécessiter plus d’analyses. « Sans pouvoir le retracer jusqu’à un cratère d’impact ou savoir quel âge elle a, il sera en effet difficile de déterminer exactement comment la roche est partie ou est rentrée sur Terre« , a-t-il déclaré à Space.com. D’autres, comme Frank Brenker , géologue à l’Université Goethe de Francfort en Allemagne pensent que la roche aurait également pu naître ailleurs dans le Système solaire malgré ses similitudes avec les roches terrestres.