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Pourrions-nous déverrouiller nos souvenirs oubliés de l’enfance ?

Crédits : Istock

La plupart d’entre nous ne se souviennent de rien avant l’âge de trois ans, mais une nouvelle étude suggère que ces souvenirs pourraient n’être qu’en sommeil plutôt que d’être définitivement perdus et donc prêts à refaire surface dans les bonnes conditions.

À quel âge remonte votre premier souvenir ? Difficile, voire impossible, pour un adulte de se remémorer un événement survenu avant l’âge de trois ans. Cette « amnésie infantile » se produirait aux alentours de nos 7 ans. Une sorte de nettoyage de notre cerveau qui permet de mettre de côté la mémoire épisodique pour laisser place à la mémoire autobiographique, plus complexe, qui renforce notre sentiment d’identité et de continuité. Notons que certains animaux sont également « touchés » par ce phénomène. Mais serait-il possible de pouvoir « déverrouiller » nos souvenirs oubliés ?

Des chercheurs de l’Université de New York ont travaillé avec de jeunes rats âgés de 17 jours (l’équivalent de nos deux ou trois ans), les formant à associer le côté d’une boîte avec le sentiment d’un léger choc électrique (sur la patte). Bien que l’association désagréable eut été vite oubliée en raison de leur jeune âge (les rats sont retournés du même côté de la boîte 24 heures plus tard) l’équipe a toutefois été en mesure de les amener à se « souvenir » de cette association désagréable avec un simple rappel réalisé plus tard. Ainsi, une expérience vécue au cours de la période d’amnésie infantile reste stockée comme une trace de mémoire latente et un simple rappel pourrait donc rétablir ce souvenir.

En examinant l’activité cérébrale dans l’hippocampe des jeunes rats — une zone du cerveau fortement associée à la formation de souvenirs à long terme — à la fois avant et après l’apprentissage, les chercheurs ont constaté que si l’hippocampe était inactif, la capacité des jeunes rats à former des souvenirs latents et à se les rappeler plus tard par des rappels en vieillissant était diminuée. Ils suggèrent alors que les mécanismes de « périodes critiques » sont fondamentaux pour l’établissement de ces souvenirs infantiles.

Une période critique est une étape de développement au cours de laquelle le système nerveux est particulièrement sensible aux stimuli environnementaux. Si, au cours de cette période, l’organisme ne reçoit pas les stimuli appropriés requis pour développer une fonction donnée, il peut être difficile, voire impossible, de développer cette fonction plus tard dans la vie. L’étude présentée ici nous montre qu’il existe une période critique pour l’apprentissage épisodique et que durant cette période, l’hippocampe pourrait « apprendre » à traiter efficacement nos souvenirs à long terme. Cependant, « le cerveau a besoin de stimulation par l’apprentissage pour le faire. Sans ces expériences, la capacité du système neurologique à apprendre sera compromise », explique Cristina Alberini, principale auteure de l’étude.

Après examen de l’activité cérébrale dans l’hippocampe des jeunes rats, une protéine appelée BDNF semblait particulièrement intriguer les chercheurs. En injectant cette protéine chez les jeunes rats, ils ont alors permis au cerveau de « protéger » leurs souvenirs, les empêchant de les perdre avec l’âge. En théorie, il pourrait être possible de protéger nos premiers souvenirs de la même manière, mais les chercheurs semblent plus enclins à trouver des moyens de bloquer ou d’éliminer les souvenirs traumatiques — bien qu’ils soulignent qu’ils ne soient pas prêts à tester une telle approche chez l’homme.

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