in

Pourrait-on vivre sur la Lune ?

Concept artistique d'une colonie lunaire imaginée en 1995 installée dans une vaste plaine de lave. Crédits : NASA / SAIC / Pat Rawlings

De plus en plus d’agences ambitionnent de s’installer sur la Lune. Si l’on se projette un peu plus dans le futur, nous pourrions alors imaginer plusieurs colonies “lunaires” ayant définitivement tourné le dos à la Terre. Mais concrètement, combien d’humains notre satellite pourrait-il supporter ?

La question se pose notamment après que la NASA ait annoncé il y a quelques mois son intention de retourner sur la Lune pour y rester. Dans un premier temps, la construction d’une station en orbite est  prévue. Et celle d’un ou plusieurs villages habités viendra ensuite. On y fera alors de la géologie, de l’astronomie mais aussi de l’exploitation minière. Notons que la NASA n’est la seule concernée. D’autres agences – publiques ou privées – ont également les mêmes ambitions. Mais est-il vraiment possible de vivre sur la Lune ? La surface lunaire représente environ 15,9 % de la superficie terrestre totale de la Terre. Donc techniquement nous pourrions tous “couler”. Mais nous ne ferions pas long feu. Vivre durablement sur la Lune est en effet une autre histoire.

La Lune est un endroit particulièrement stérile. Et donc inhospitalier. L’eau ne coule pas librement sur la surface, et il n’y a pas d’oxygène à respirer. L’absence de champ magnétique signifie également que nous serions vulnérables aux tempêtes solaires et aux rayons cosmiques. Sans oublier les écarts de températures extrêmes entre le jour et la nuit. Sur le papier, le terrain est donc très compliqué. Mais la Lune est-elle pour autant inaccessible ?

Se protéger de l’environnement

Se protéger des températures extrêmes et des rayons cosmiques est une priorité sur la Lune. Pour ce faire, l’étude Discovery & Preparation, signée de l’agence et Azimut Space, vise depuis quelques années à mettre au point des briques de poussière lunaire. À terme, l’idée serait de pouvoir créer des habitats aux murs de plusieurs mètres d’épaisseur. Nous pourrions également nous appuyer sur ces briques lunaires pour construire des routes et des plates-formes de lancement.

Un autre projet, baptisé CORE, propose des modules préfabriqués et gonflables, enterrés dans un cratère, et reliés verticalement par un tube central dans lequel passerait un ascenseur. Au final, seul un petit dôme pointerait le bout de son nez à la surface, permettant un accès facile à l’extérieur. Sous terre, des mètres de blindage protégeront alors les habitants des radiations, des grands écarts de températures et des micro-météorites.

Lune
Illustration du projet CORE, qui vise à enterrer des modules au fond d’un cratère. Crédits : ESA

Besoin d’air

Pour soutenir une population humaine, nous avons besoin d’air. Déjà. Markus Landgraf, responsable du projet Moon à l’Agence spatiale européenne, estime que nous pourrions maintenir en vie un groupe d’une centaine de personnes en important de l’air depuis la Terre. Il suffirait alors de le pomper dans des structures scellées. « À court terme ce serait en fait assez rentable, dit-il. Les humains ne respirent pas beaucoup d’air, et pendant longtemps nous n’aurions pas besoin de produire de l’air sur la Lune. Nous pourrions le faire entrer. Les coûts de transport pour le faire seraient assez gérables ».

Comme expliqué ci-dessus, le fait d’importer de l’air depuis la Terre ne peut être envisagé que pour quelques dizaines de personnes seulement. Si cette population atteignait des dizaines de milliers de personnes, il faudrait en revanche synthétiser l’oxygène sur la Lune. Un processus très coûteux. Mais, sait-on jamais, la croissance de l’exploration spatiale au cours de ces prochaines décennies pourrait rendre le processus plus économique.

Lune
Pour vivre sur la Lune, il faudra importer de l’oxygène. Crédits : capture YouTube/NASA

Qu’en est-il de l’eau sur la Lune ?

L’eau est un autre problème. Nous savons qu’il y en a sur la Lune. Sous forme liquide, de manière très dispersée, et sous forme de glace probablement sous la surface. Des technologies ont déjà été déployées à bord la Station spatiale internationale pour recycler l’eau potable. Celle de la douche, de l’urine, et même la sueur des astronautes. Ces mêmes processus pourraient être mis en place sur notre satellite. Mais là encore, ce ne serait que temporaire. Sans oublier que nous aurons également besoin d’eau pour produire de la nourriture. À terme, il faudrait envisager d’extraire de l’eau in situ. Ce qui nécessiterait des coûts énormes et de grosses dépenses d’énergie.

« Mon sentiment personnel, poursuit le chercheur, est que la colonisation de la Lune va dépendre de notre apport en hydrogène de la Terre ». Malgré tout, les coûts de transport seraient encore énormes : environ 220 000 euros par litre.

Finalement, notre avenir sur la Lune dépendra de notre capacité à pouvoir transporter de la matière première. L’idéal serait de pouvoir mettre en place des ascenseurs spatiaux, limitant ainsi le temps et les coûts d’importation. Nous pourrions également, à terme, puiser dans les ressources naturelles de la Lune. Mais pour ce faire, nous allons devoir inventer de nouveaux processus.

Articles liés :

Exoplanètes : le télescope WFIRST teste ses “lunettes de soleil”

Étoile de Tabby : et si la responsable était une lune vagabonde ?

Une exolune volcanique a peut-être été découverte