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Pourrait-on nourrir un million de personnes sur Mars ?

Crédits : Capture d'écran "Seul sur Mars"

Le patron de SpaceX, Elon Musk, a récemment communiqué son intention de fonder une colonie sur Mars d’ici la fin du siècle. Il faudrait environ un million de personnes pour espérer atteindre l’autosuffisance. Une question se pose alors : comment nourrir tout le monde ?

Projetons-nous dans le futur. Comme nous le savons, Elon Musk a de grands projets concernant Mars, notamment celui d’y fonder une première colonie. Sans rentrer dans les détails, il imagine un équipage initial de 12 personnes. Suivraient ensuite plusieurs navettes de 100 à 200 passagers envoyées tous les 26 mois. En prenant en compte les taux de natalité et de mortalité, une population éventuelle d’un million d’habitants pourrait s’être installée sur la planète rouge en une centaine d’années.

Si l’on met de côté tous les défis techniques et sanitaires – non encore résolus – inhérents à une telle entreprise, se pose la question de la nourriture. Il n’y a en effet rien à manger sur Mars et nous ne pourrions continuellement réapprovisionner les futurs martiens depuis la Terre. Il va donc falloir cultiver in situ en s’appuyant sur des processus de production alimentaire de pointe.

Les chercheurs Kevin M Cannon et Daniel T. Britt se sont récemment penchés sur la question. Ils ont examiné la manière dont nous pourrions utiliser les ressources et diverses stratégies technologiques pour rendre une population d’un million de Mars complètement autonome sur le plan alimentaire.

Cultures hydroponiques

Pour se faire, les chercheurs évoquent deux types de culture. La première est la culture hydroponique dans des solutions riches en nutriments. Pour la mettre en place, il faudrait donc apporter des fournitures depuis notre planète. Pour autant, cette technique a déjà fait ses preuves. L’année dernière, en Antarctique, des chercheurs allemands ont en effet réussi à récolter plus de 250 kilos de légumes sur seulement 12,5 mètres carrés en un peu plus de 9 mois grâce à cette méthode. Une expérience à bord de l’ISS (Veggie Plant Growth System) permet par ailleurs aux astronautes de récolter régulièrement de la laitue depuis trois ans.

Il n’y a donc aucune raison de penser que ces techniques ne pourraient pas fonctionner sur Mars, à condition bien sûr de ne pas “ouvrir la fenêtre”.

Crédits : SAIC

Patates douces, insectes et agriculture cellulaire

Nous pourrions également enrichir la terre martienne avec de la matière organique pour faire pousser de l’orge, du basilic, du chou frisé, du houblon, des oignons, de l’ail ou encore des patates douces. Edward Guinan et ses élèves de l’Université de Villanova ont en effet réussi à faire pousser toutes ces choses dans du régolite martien simulé.

Concernant l’apport en protéines, là encore nous pourrions nous appuyer sur les plantes. Les chercheurs évoquent également l’élevage de grillons, in situ et le développement de “viande” en laboratoire cultivée à partir de cellules animales. Les technologies permettant de le faire sont encore en développement, mais à moyen terme, on imagine que ces processus pourront être suffisamment maîtrisés pour être exportés sur la planète rouge.

Les chercheurs ont également construit un modèle pour simuler les besoins alimentaires de cette population martienne qui pourrait atteindre le million d’habitants. Ils ont calculé qu’il faudrait, en 100 ans, près de 200 000 navettes de ravitaillement si aucune nourriture n’était cultivée sur place. En revanche, si tout le monde y met du sien, et si tous les moyens sont mis en oeuvre pour cultiver la nourriture in situ, une autosuffisance complète pourrait être atteinte en une vingtaine d’années. Seulement 209 navettes de ravitaillement seraient alors nécessaires.

Mars
Illustration d’un vaisseau SpaceX atterrissant sur Mars. Crédits : SpaceX

Bien évidemment, il y a beaucoup de “si” dans cette étude. On se projette beaucoup et, encore une fois, nous ne savons même pas encore si nous pourrons un jour véritablement nous poser sur Mars. Mais ce genre de travaux permet justement d’évaluer les incroyables difficultés qui nous attendent. En attendant, si ça vous intéresse, les chercheurs vous proposent un guide gratuit vous permettant de manger les types d’aliments qui seraient à la base d’un régime alimentaire martien.

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