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Pourquoi sommes-nous protégés à vie contre certaines maladies, mais pas contre d’autres ?

Crédit : whitesession / Pixabay

Il suffit que certaines maladies nous touchent une fois, comme la rougeole ou les oreillons, pour que nous soyons protégés à vie. D’un autre côté, certains virus comme ceux de la grippe nous obligent à nous vacciner chaque année. Alors, pourquoi développons-nous une immunité à vie contre certaines maladies, mais pas contre d’autres ?

Pour nous défendre des attaques virales ou bactériennes extérieures, notre corps développe des anticorps. Grossièrement, ces petites protéines déployées par notre système immunitaire viennent s’enrouler autour des cellules envahissantes pour les empêcher de détourner nos propres cellules, et de se répliquer.

Une fois la menace essuyée, nos niveaux d’anticorps commencent ensuite à baisser. Malgré tout, certaines de ces protéines “restent sur place” au cas où une attaque similaire viendrait à se répéter. Si tel est le cas, ces petits soldats engageront alors la production de nouveaux anticorps pour attaquer les cellules envahissantes.

Autrement dit, notre corps garde une “mémoire” des attaques passées dans le but de mieux contre-attaquer par la suite en cas de nouvelle menace. Sur le papier donc, c’est ce qui nous empêche de tomber malade une deuxième fois. C’est aussi pourquoi un test d’anticorps peut nous dire si nous avons été infectés dans le passé.

Malgré tout, il arrive parfois que nous soyons quand même “touchés” plusieurs fois par une même maladie. Pourquoi ? Deux raisons peuvent l’expliquer : soit le pathogène a muté et notre système immunitaire ne le reconnaît plus, soit notre corps a tendance à développer une réponse immunitaire plus faible.

La mutation des virus

Prenons l’exemple de la grippe. Ces virus ont une fâcheuse tendance à changer leurs gènes. Autrement dit, celui qui nous attaque une année n’est généralement pas le même que celui qui nous attaque l’année suivante. Conséquence : nos anticorps ne reconnaissent pas l’ennemi et le laissent finalement s’installer.

Toutefois, tous les virus ne mutent pas aussi facilement. C’est pourquoi l’immunité a tendance à durer beaucoup plus longtemps.

Une étude publiée en 2017 dans le New England Journal of Medicine a par exemple souligné qu’il faudrait plus de deux-cents ans pour ne serait-ce que la moitié de nos anticorps disparaissent après une rougeole ou une infection des oreillons. Cette même étude a révélé qu’il faut environ cinquante ans pour perdre nos anticorps contre la varicelle, et environ onze ans pour perdre la moitié de nos anticorps contre le tétanos.

C’est pourquoi, sans injection de rappel, vous pourriez théoriquement être infecté par ces deux dernières maladies à l’âge adulte.

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D’après une étude, onze ans suffiraient pour perdre la moitié de nos anticorps contre le tétanos. Crédits : Nicholas_Demetriades/Pixabay

Nous ne savons toujours pas pourquoi nos corps maintiennent une réponse immunitaire plus longue pour certaines maladies par rapport à d’autres. Il est possible que certaines, telles que la varicelle, nous réinfectent plus fréquemment que nous le pensons, mais que nos anticorps précédemment déployés tuent ces nouvelles attaques “dans l’œuf” avant que nous ne les remarquions.

Dans ces cas, le système immunitaire serait à pleine capacité encore et encore à cause des réinfections. Cela maintient notre immunité vigilante“, explique Marc Jenkins, immunologiste à la faculté de médecine de l’Université du Minnesota. “En revanche, avec le tétanos, nous sommes probablement très rarement exposés“. Ceci pourrait donc expliquer la durée d’immunité plus courte contre cette maladie.

Une faible réponse immunitaire face à certaines maladies

Toujours est-il que ces trois exemples témoignent des différences de capacités de mutation des virus. Cependant, comme dit plus haut, la faible réponse de notre système immunitaire en premier lieu peut également expliquer le fait que nous puissions être touchés plusieurs fois par une même maladie.

La rhinopharyngite (ou rhume), par exemple, n’infecte généralement que nos voies respiratoires supérieures. Et pour notre système immunitaire, ce n’est pas vraiment un problème. “Nos corps ne se soucient pas des voies respiratoires supérieures“, souligne en effet Mark Slifka, immunologiste au Centre national de recherche sur les primates de l’Oregon.

Autrement dit, dans le cas des rhumes, ces derniers nous réinfectent non pas parce que les virus qui en sont responsables mutent rapidement, mais parce que notre corps ne produit généralement pas beaucoup d’anticorps contre ces agents pathogènes en premier lieu.

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Certaines maladies, comme les rhinopharyngites, n’entraînent qu’une faible réponse immunitaire. Crédits : iStock

Qu’en est-il du nouveau coronavirus ?

Que notre immunité soit acquise par le biais d’une première infection ou pas un vaccin, celle-ci durera-t-elle aussi longtemps que notre immunité contre la varicelle ou aurons-nous besoin d’un nouveau vaccin chaque année, comme pour la grippe ?

Malheureusement, c’est difficile à dire pour le moment. D’une part, nous n’avons à ce jour aucun vaccin de disponible contre cette maladie. Et d’autre part, nous manquons encore de recul quant à la production d’anticorps contre cette maladie.

Des scientifiques de l’Institut de physiopathologie et de recherche sur les allergies de MedUni (Vienne) ont néanmoins découvert que 60% des patients atteints par la Covid-19 semblent développer des anticorps protecteurs. D’un autre côté, une étude américaine révélait il y a quelques jours que les personnes atteintes par des formes bénignes de la maladie voyaient leurs anticorps fortement chuter pendant les trois mois qui suivent l’infection.