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Voici pourquoi certains patients rechutent après un cancer du côlon

Une cellule T attaque une cellule cancéreuse. crédits : photothèque scientifique

Avec plus de 40 000 nouveaux cas diagnostiqués et près de 18 000 décès par an, le cancer colorectal est le deuxième cancer le plus meurtrier en France. La chimiothérapie est couramment utilisée pour traiter la maladie. Bien que ce traitement soit initialement efficace dans la plupart des cas repérés assez tôt, de nombreux patients rechutent malgré tout quelques années plus tard. Pourquoi ? Des chercheurs ont enfin la réponse.

Le cancer colorectal est l’un des plus fréquents en France. La maladie provient d’une tumeur bénigne qui évolue lentement et finit par devenir maligne. En France, elle représente près de 12 % de l’ensemble des décès par cancer, en particulier chez les plus de 65 ans. Toutefois, la mortalité diminue régulièrement depuis une quarantaine d’années, à la faveur d’un meilleur accès au dépistage et à la résection des lésions précancéreuses.

Cela étant dit, tout comme d’autres cancers, celui du côlon peut soudainement réapparaître et provoquer une rechute au bout de quelques années. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les médecins préfèrent parler de « rémission » et non de « guérison ».

Depuis des années, les chercheurs essaient de comprendre ce phénomène. Des travaux précédents ont révélé que différents types de cellules cancéreuses utilisent potentiellement une variété de méthodes, comme la capacité de dissimuler dans les tissus adipeux. Dans le cadre d’une étude, des chercheurs de l’IRB Barcelone dirigé par le Dr Eduard Batlle ont découvert une autre de ces « astuces » cancéreuses.

Faire le dos rond en attendant des jours meilleurs

D’après l’équipe, certaines cellules tumorales resteraient en effet à l’état latent pendant la chimiothérapie, adoptant un état similaire à celui des embryons de souris passant à un état de type hibernation appelé « diapause embryonnaire ». Concrètement, ce processus amène un organisme à interrompre le développement d’un embryon jusqu’à ce que les conditions deviennent plus favorables à la survie. Il est généralement déclenché par des conditions environnementales défavorables. Ici, les cellules cancéreuses auraient développé une technique similaire pour éviter la destruction par chimiothérapie.

Ces cellules feraient ainsi le « dos rond » pour se réactiver ensuite lorsque l’environnement est plus favorable, provoquant ainsi une rechute. Les cellules concernées par cet « état de dormance » sont des cellules souches tumorales à activité protéique appelées Mex3a.

« La chimiothérapie est efficace et tue la plupart des cellules tumorales, mais pas toutes. Notre découverte révèle l’identité d’un groupe de cellules persistantes qui résistent à la chimiothérapie et qui vont régénérer la tumeur après traitement« , détaille le Dr Batlle, coauteur de ces travaux. « Nos travaux ouvrent la voie au développement de médicaments pour éliminer ces cellules, ce qui rendrait la chimiothérapie plus efficace et améliorerait les taux de survie« .

cancer colon
Le cancer du côlon est l’un des plus meurtriers en France. Crédits : iStock

Une découverte prometteuse

Pour en arriver à ces résultats, les chercheurs ont mené des expériences sur des organoïdes. Il s’agissait d’échantillons de tumeurs cultivés en laboratoire. Ces structures ont permis à l’équipe d’isoler les cellules responsables et d’observer leur réaction à la chimiothérapie. L’étude a également impliqué l’utilisation de modèles murins (souris).

Cette étude a également révélé que l’élimination du gène Mex3a au moyen de techniques de génie génétique rendait les cellules cancéreuses colorectales très sensibles à la chimiothérapie. Bien que les fonctions de ce gène soient encore inconnues, ces travaux laissent espérer que des médicaments le ciblant pourraient agir en synergie avec la chimiothérapie pour prévenir les risques de rechute.

Les futurs travaux de laboratoire se concentreront sur la manière dont la protéine Mex3a maintient les cellules souches cancéreuses dans cet état dormant.