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Pourquoi la NASA ne se précipite pas pour lancer la SLS

Crédits : Brynn Anderson

Pour la deuxième fois en une semaine, des responsables de la NASA ont annulé samedi le test de lancement de l’énorme fusée SLS. Malgré ce nouveau revers, les hauts responsables de l’agence ont soutenu leur décision d’annuler le tir, soulignant qu’ils étaient prêts à attendre plus longtemps. Et il n’est pas difficile de les comprendre.

Nouvelle fuite

Un capteur défectueux avait provoqué l’avortement de la première tentative de lancement. Cette fois, c’est une fuite d’hydrogène. Celle-ci a été détectée dans un connecteur le long de la conduite d’hydrogène menant à la fusée. « Nous savons que lorsque vous dépassez une concentration d’hydrogène d’environ 4 % dans l’air ambiant, vous risquez une inflammabilité« , a déclaré Mike Sarafin, le responsable de la mission Artemis. Pour cette fuite, que ce dernier a qualifiée d’importante, les concentrations étaient de deux à trois fois supérieures à la limite de 4 %. 

Les ingénieurs continuent de travailler sur le problème, mais une piste semble ressortir. Cette fuite pourrait en effet être liée à une commande incorrecte envoyée au système de chargement de propulseur sur la rampe de lancement, provoquant des pressions trop élevées dans la conduite de carburant pendant quelques secondes. Une telle procédure aurait pu endommager le joint du connecteur. Une fuite comparable était apparue au même connecteur lors de la première tentative de lancement. Cependant, celle-ci était plus petite et avait pu être contenue. Après l’annulation de samedi, les responsables de la NASA ont décidé que le joint devait être remplacé.

Les ingénieurs se demandent encore s’il serait préférable de faire ce travail directement sur la rampe de lancement (où ils pourraient ensuite faire passer de l’hydrogène liquide dans la ligne pour s’assurer que le correctif a réussi) ou dans le bâtiment d’assemblage de véhicules. La SLS va de toute façon devoir y retourner, ne serait-ce que pour changer les batteries de son système de terminaison de vol. Il serait également plus facile d’y effectuer les travaux de réparation. Cependant, les ingénieurs ne pourraient pas tester la ligne avec de l’hydrogène liquide tant que la fusée ne serait pas revenue sur la rampe de lancement.

fusée sls artemis
Crédits : Cristobal Herrera-Ulashkevich

Une fusée trop chère pour prendre le moindre risque

C’était également la deuxième fois en quelques jours que des centaines de milliers de personnes s’amassaient le long des voies navigables et des plages du centre de la Floride pour assister au lancement de la fusée la plus puissante du monde. Naturellement, il y a eu des déçus, mais un nouveau report était probablement la décision la plus sage. « Le coût de deux reports est bien inférieur à celui d’un échec« , a en effet Bill Nelson, l’administrateur de la NASA, lors d’une conférence de presse samedi après-midi.

Rappelons que la NASA a déjà dépensé plus de quarante milliards de dollars pour développer la SLS et sa capsule, connue sous le nom d’Orion. Le programme, qui a déjà dépassé son budget de plusieurs milliards de dollars, sans parler des retards de calendrier, a également été vivement critiqué par les partisans d’une approche plus commerciale des vols spatiaux, ces derniers affirmant que des entreprises comme SpaceX pourraient offrir un moyen plus rentable et efficace de se rendre sur la Lune.

Ainsi, parce que la NASA a tant investi dans cette seule fusée, un échec de lancement conduirait probablement à remettre en question sa valeur en plus de retarder le programme lunaire de plusieurs années. Nous avons patienté plusieurs années, nous pouvons encore patienter quelques semaines de plus. Les enjeux à la fois scientifiques et politiques sont trop importants.