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Pourquoi les personnes de groupe sanguin O sont-elles mieux immunisées contre le Covid-19 ?

Crédits : TPHeinz/Pixabay

D’après une étude chinoise, les personnes de groupe sanguin O seraient mieux immunisées contre le Covid-19 que les personnes des autres groupes. Mais pour quelle raison ?

Nous savons que certains facteurs – comme l’âge, les maladies cardiovasculaires et respiratoires, le diabète ou encore l’obésité – favorisent les risques de mortalité des personnes infectées par le coronavirus SARS-CoV-2. Mais il pourrait y en avoir d’autres. Selon une récente étude chinoise, par exemple, notre groupe sanguin pourrait avoir un impact significatif sur notre sensibilité au Covid-19. Qu’en est-il exactement ?

Avantage au groupe O

Les groupes sanguins définissent des catégories d’individus suivant la variété d’antigènes et d’anticorps présents sur les globules rouges. Il existe trois types d’antigènes (A, B et AB), et quatre groupes sanguin (A, B, AB et O).

– Un sujet de groupe A présente l’antigène A et des anticorps anti-B.
– Un sujet de groupe B a l’antigène B et des anticorps anti-A.
– Un sujet de groupe AB a les antigènes A et B et n’a pas d’anticorps anti-A ou anti-B.
– Un sujet de groupe O n’a pas d’antigène A ou B et a des anticorps anti-A et anti-B.

Ceci étant dit, une équipe de chercheurs chinois a récemment cherché à savoir si nous pouvions déterminer une relation entre le groupe sanguin et l’état sanitaire des patients atteints par le coronavirus SARS-CoV-2.

Dans le cadre de ces travaux, les chercheurs ont étudié les groupes sanguins de 2 100 personnes infectées dans trois hôpitaux de Wuhan et Shenzhen, dont 10% étaient décédées. Il les ont ensuite comparés à ceux de 3 694 habitants de Wuhan non infectés par le virus.

Résultat, la répartition des groupes sanguins chez les 3 694 habitants sains à Wuhan était de 32,16 % pour le groupe A, 24,90 % pour le groupe B, 9,10 % pour le groupe AB et 33,84 % pour le groupe O.  Pour les patients atteints de la maladie, les ratios étaient les suivants : 37,75 % pour le groupe A, 26,42 % pour le B, 10,03 % pour le AB et 25,80 % pour le groupe 0.

Autrement dit, il est ressorti de cette étude que les personnes du groupe 0 présentaient un risque d’infection 33% moindre. À contrario, les personnes de groupe A ont semble t-il 20% de risque supplémentaire d’être infectées (les ratios étaient sensiblement les mêmes pour les autres groupes).

groupe sanguin
Crédits : geralt / Pixabay

« Pas du tout surpris »

Ainsi, du moins pour cet échantillon, le groupe sanguin semble faire une différence. Interrogé sur  le sujet, le Pr. Jacques Le Pendu, directeur de recherche à l’Inserm, s’est dit « pas du tout surpris » par les résultats de cette étude.

Soulignons en effet que des différences de sensibilité similaires entre groupes sanguins ont également été remarquées lors de l’épidémie de SRAS en 2003. Le Pr. Le Pendu avait d’ailleurs lui-même été à l’origine d’une étude, publiée en 2008, visant à expliquer les causes du phénomène observé. Et la réponse, semble t-il, se trouve dans les anticorps.

Les personnes de groupe sanguin O ont en effet, on le rappelle, des anticorps Anti A et Anti B, ce qui constitue une double défense par rapport à celles du groupe A (avec seulement un type d’anticorps anti B) ou celles du groupe B (anticorps anti A).

Autrement dit, ces personnes seraient mieux armées pour détruire le virus. Ces anticorps, plus précisément, seraient capables de bloquer avec plus de facilité les interactions entre la protéine S du virus et son récepteur cellulaire, l’enzyme 2, empêchant ainsi l’agent pathogène de se multiplier.

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Des représentants du COVID-19 vus au microscope. Crédits : NIAID-RML

Une « arme » de plus pour freiner l’épidémie ?

Ce mécanisme de protection partielle aurait effectivement un impact sur la diffusion de la maladie : « On avait fait un travail de modélisation qui montrait que ça ralentissait très légèrement la propagation« , souligne le chercheur.

Le problème c’est qu’avec le temps, certaines personnes du groupe O perdent une grande partie de leurs anticorps anti-A et anti-B. Pour tenter de freiner la propagation de l’épidémie, nous pourrions alors envisager de « booster » leurs défenses.

« Nous pourrions le faire grâce aux bactéries du microbiote, qui permettent aux enfants de construire leurs propres anticorps, que l’on pourrait administrer sous forme de probiotiques, explique le chercheur. Tout cela n’est que théorie… Mais cela vaudrait la peine d’essayer. Ce pourrait être un moyen complémentaire aux mesures de confinement« .

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