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Pourquoi les aliments ultra-transformés sont-ils si mauvais pour la santé ?

Crédits : timhoggarth/Pixabay

Sur le papier nous savons d’instinct que les aliments ultra-transformés ne sont pas les meilleurs pour la santé. Mais pourquoi sont-ils aussi mauvais ?

Étudier les effets des aliments ultra-transformés sur l’organisme humain est une entreprise compliquée. Si vous êtes en surpoids ou en mauvaise santé, il se peut en effet que vous soyez affecté d’une autre manière. Néanmoins, de plus en plus de chercheurs s’accordent à penser que ces aliments influencent la composition de notre microbiote intestinal, ces milliards de bactéries qui tapissent notre système digestif. Ces perturbations pourraient en effet augmenter les risques de maladies chroniques.

Que sont les aliments ultra-transformés ?

On les distingue depuis quelques années des aliments transformés. Dans ces derniers ne sont ajoutés que du sel, du sucre ou d’autres substances communes comme de l’huile ou du vinaigre. Les conserves de légumes, noix et graines salées, sardines et thons en boîte ou le fromage en sont des exemples.

Les aliments ultra-transformés sont, de leur côté, des produits dont la fabrication comporte plusieurs étapes et techniques de transformation. Ils sont développés principalement à partir de substances extraites d’aliments entiers (huiles, graisses, sucre, amidon, protéines) ou synthétisées en laboratoire. L’idée : créer des aliments et boissons pas chers, faciles à consommer, attractifs et agréables au goût.

Autrement dit, les aliments ultra-transformés sont des produits créés de toutes pièces en usine. Ils sont remplis de produits chimiques et d’autres additifs leur conférant une couleur, une saveur, une texture et une durée de conservation artificielles. Tout ces traitements augmentent alors la densité calorique des ces aliments tout en éliminant les fibres, les vitamines et les nutriments.

Les nuggets de poulet, le soda, les chips, snacks ou plats préparés en sont des exemple. Mais il y en a beaucoup d’autres. En réalité, ces produits représentent environ 80% de l’offre actuelle en supermarché.

nuggets aliments ultra-transformés
Crédits : CokeLifeCreative/Pixabay

Quelles influences sur l’organisme ?

Du sucre, des graisses, du sel, des protéines modifiées, des additifs… Avec une telle composition, difficile de déterminer exactement ce qui, dans ces aliments, peut augmenter le risque de maladie.

Les chercheurs s’intéressent de plus en plus au microbiote intestinal dans la mesure où le régime alimentaire est aujourd’hui considéré comme le principal déterminant de sa composition. Ils conviennent également que plus il y a de diversité bactérienne dans nos intestins, meilleure est notre santé.

Des recherches menées chez les souris ont déjà prouvé qu’un régime à base d’aliments ultra-transformés influence la composition microbienne de manière négative. Au cours d’une étude, des rongeurs nourris avec un régime faible en fibres et riche en graisses avaient en effet présenté un microbiote différent de celui de rongeurs nourris avec le régime inverse.

Au cours d’une étude menée chez l’Homme, des chercheurs avait également analysé des échantillons de selles de personnes vivant dans des cultures de chasseurs-cueilleurs, qui ne consomment pas d’aliments ultra-transformés. Ils avaient ensuite comparé ces échantillons avec ceux de personnes évoluant dans des pays industrialisés. Il est ressorti que les chasseurs-cueilleurs avaient un microbiote intestinal beaucoup plus diversifié.

Il existe également un lien entre les régimes riches en aliments ultra-transformés et l’inflammation du corps. Celui-ci, alors en position défensive, se retrouve ensuite plus vulnérable face aux virus et maladies.

Une mesure de l’inflammation est un marqueur sanguin appelé protéine C-réactive (CRP). Des études ont en effet associé des niveaux plus élevés de CRP à diverses maladies chroniques, comme le cancer, l’arthrite, les maladies cardiovasculaires et le diabète. Il ressort également que celles et ceux qui mangent une alimentation riches en aliments ultra-transformés ont tendance à avoir des niveaux plus élevés de CRP dans leur corps.

En plus de générer moins de diversité microbienne dans nos intestins, il semblerait aussi que le sucre contenu dans les aliments ultra-transformés nourrisse « les mauvaises bactéries dans l’intestin grêle, souligne Marit Zinocker, principal auteur d’une étude menée sur le sujet. Et c’est là que l’inflammation commence ».

aliments ultra-transformés
Crédits : congerdesign/Pixabay

Les nombreux produits ajoutés à ces aliments peuvent donc expliquer leur influence négative. Mais n’oublions pas que “ce qui manque” peut également jouer un rôle important. C’est notamment le cas des fibres, totalement absentes de ces produits.

Nous savons aujourd’hui que les fibres sont métabolisées ou fermentées par des bactéries dans le tractus gastro-intestinal. Ce processus produit alors des acides gras à chaîne courte, qui sont d’importantes sources de nourriture pour nos communautés bactériennes. Finalement, lorsque nous ne consommons pas suffisamment de fibres, nous affamons essentiellement notre microbiote intestinal.

Bien sûr, ce n’est pas sans conséquences. Un manque de fibres peut alors affecter la couche de mucus dans nos intestins. Celle-ci agit comme une barrière protectrice contre le monde extérieur. Autrement dit, elle empêche les agents pathogènes de pénétrer dans nos intestins.

Ce mucus est constamment régénéré par les sécrétions des cellules qui composent nos intestins, et nous savons qu’il est recouvert d’une couche de bactéries. Si ces dernières sont affamées, nous affaiblissons donc cette barrière naturelle.

Une étude menée chez la souris suggère également que certaines de ces bactéries, affamées, peuvent même s’attaquer directement à cette couche de mucus. « L’hypothèse est que si nous arrêtons d’alimenter le microbiote en fibres, les bactéries auront plus fréquemment recours à la digestion de cette barrière muqueuse pour en tirer des nutriments ».

Une couche de mucus fragilisée favorise alors les risques d’infections et de maladies.

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Les aliments riches en fibres permettent une meilleure santé intestinale. Crédits : Shutterbug75/Pixabay

Davantage de réglementations

Carlos Monteiro, professeur de nutrition et de santé publique à l’Université de São Paulo (Brésil), est l’un des principaux acteurs ayant popularisé la notion d’aliments ultra-transformés en 2009. Au regard de tous ces constats, le Brésilien exhorte aujourd’hui les législateurs à mettre en place des moyens de rendre les aliments non transformés plus accessibles et abordables. Il demande également à ce que les aliments ultra-transformés soient davantage taxés.

« Nous avons commencé à mettre en place des moyens de lutte contre le tabac avant même de connaître tous les problèmes qu’il pouvait engendrer, a-t-il déclaré. Il devrait en être de même avec les aliments ultra-transformés ». Selon lui, une action retardée pourrait coûter très cher en vies humaines.

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