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Pourquoi le niveau de CO2 atmosphérique enchaîne-t-il les records malgré la pandémie ?

Crédits : NASA.

La concentration atmosphérique en dioxyde de carbone (CO2) continue d’enchaîner les records, perpétuant une fâcheuse tradition. Aussi, les dernières mesures indiquent que ce gaz présente désormais un niveau 50 % plus élevé que celui d’avant la révolution industrielle. Des valeurs qui nous renvoient près de 4 millions d’années dans le passé, à un moment où le climat global était bien plus chaud.

La diminution des émissions de gaz à effet de serre (GES) due à la pandémie de Covid-19 n’aura été qu’un léger intermède à une hausse générale. Alors que l’articulation d’une reprise économique laisse présager un important rebond des émissions, les observations montrent que le niveau de CO2 a battu un nouveau record en 2020. En effet, bien que nous remplissions alors le réservoir atmosphérique à un rythme ralenti, nous continuions à le remplir malgré tout. La pandémie nous a simplement ramené au rythme d’émission qui était celui de 2011-2012.

Rejets de CO2 par an (en milliards de tonnes) liés aux combustibles fossiles. Aussi, notez la valeur attendue pour 2020 et qui porte la marque – inédite mais limitée – de la pandémie. Crédits : Global Carbon Project.

CO2 : de record en record

Les dernières mesures effectuées à l’observatoire historique de Mauna Loa (Hawaï) rapportent une concentration atmosphérique en CO2 de 417,14 ppm (parties par million) pour mars 2021. Une valeur 50 % supérieure à celle de la période préindustrielle et confirmée de façon indépendante par la NOAA. Le 3 avril, cette dernière a même rapporté un pic quotidien inédit à 421,21 ppm.

Pour 2020, l’observatoire fait état d’une moyenne annuelle de CO2 à 413,94 ppm. Il s’agit d’une concentration supérieure de 2,51 ppm à celle de 2019 – la NOAA donnant quant à elle le chiffre de 2,58 ppm. Un incrément très bien anticipé par les prévisions du Met Office publiées chaque début d’année. En janvier 2020, les chercheurs annonçaient ainsi une hausse de 2,74 ± 0,57 ppm. Toutefois, l’apparition inattendue de la pandémie a demandé de revoir ces estimations et c’est donc un incrément de 2,48 ± 0,57 ppm qui a finalement été prévu. L’accord entre valeurs calculée et observée est indéniable. Voilà qui perpétue un enchainement devenu tristement habituel de valeurs records.

CO2
La valeur prévue pour 2021 (417 ppm) est 50 % supérieure à celle de la période préindustrielle (278 ppm). Crédits : Met Office.

« La hausse observée du CO2 était donc plus proche de l’estimation centrale de la prévision révisée tenant compte des réductions d’émissions que de la prévision initiale », rapporte le Met Office dans un communiqué. « Cependant, la différence entre les deux prévisions était plus petite que la marge d’incertitudes [± 0,57 ppm] et que la variabilité d’une année à l’autre (…). Cela montre que la réduction des émissions en 2020 n’a pas été suffisante pour avoir un impact substantiel sur l’accumulation de CO2 dans l’atmosphère et que des réductions d’émissions beaucoup plus importantes et à plus long terme seront nécessaires pour ralentir ou arrêter la hausse ».

Les leçons de la pandémie de Covid-19

L’année en cours voit un net redémarrage de l’activité économique et des rejets associés de gaz à effet de serre. Pour 2021, les projections du Met Office anticipent une concentration moyenne en CO2 de 416,3 ± 0,6 ppm au Mauna Loa – observatoire de référence représentatif de la moyenne mondiale. Autrement dit, on attend un incrément légèrement plus faible qu’en 2020. La cause ? La présence du phénomène La Niña dans le Pacifique équatorial qui tend à renforcer de façon temporaire l’absorption de CO2 par la végétation. Tout le contraire du phénomène El Niño.

En résumé, si la pandémie n’a pas eu d’influence forte en tant que telle sur les émissions de GES, elle témoigne néanmoins de la chose suivante. Ce n’est pas en vivant le moins possible que nous résoudrons le problème climatique. Les besoins de réduction des émissions faisant moins appel aux actes individuels qu’à un remaniement structurel, profond et collectif, de notre économie. Rappelons à ce titre que plus de 70 % des rejets de GES sont pilotés par une centaine d’entreprises seulement. Un défi à la mesure des enjeux qui s’imposent à nous alors que la planète a déjà gagné 1 °C depuis le début de la révolution industrielle.