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Pourquoi le développement de la 5G inquiète les météorologues

Image d'illustration. Crédits : NASA.

Suite à la Conférence mondiale des radiocommunications qui s’est terminée ce vendredi 22 novembre en Égypte, une nouvelle réglementation en faveur de la 5G a été adoptée. Elle concerne l’émission à proximité de la bande de fréquence 24 GHz. Une décision qui inquiète les météorologues.

Afin de mesurer les variables atmosphériques depuis l’espace, les satellites météorologiques utilisent de nombreuses bandes spectrales. Parmi elles, les micro-ondes servent entre autres à déduire le contenu en eau des différentes couches d’air. Lesdites molécules émettant à une fréquence centrée à 23,8 gigahertz (GHz).

Le problème est qu’avec le déploiement de la 5G, la téléphonie mobile empiète sur les fréquences utilisées par ces satellites. En particulier en ce qui concerne la mesure de l’humidité. Le risque d’interférences devient donc de plus en plus important. En conséquence, la qualité des prévisions météorologiques peut être affectée. Or, cette course des entreprises de télécommunications vers des fréquences radio plus élevées est nécessaire si elles veulent proposer des débits toujours plus rapides.

Tensions autour des 24 GHz : de nouvelles mesures en faveur de la 5G

Même si cela aurait pu être pire, les dernières mesures adoptées n’arrangent pas les choses. En effet, suite à la Conférence mondiale des radiocommunications (WRC) tenue du 28 octobre au 22 novembre dernier à Charm el-Cheikh (Égypte), la réglementation a été assouplie en faveur de la 5G.

Afin de faciliter le déploiement de l’ultra-haut débit, la marge entre les émissions à 24 GHz utilisées pour les mesures d’humidité et celles utilisées par la téléphonie a été fixée à -33 décibel watts (dbW). Il s’agit d’une limite d’émission hors bande censée prévenir le risque d’interférences. L’intervalle mis à disposition pour la 5G s’étendra ainsi de 24.25 à 27.5 GHz.

5G vapeur d'eau
Image satellite vapeur d’eau du 26 novembre 2019 à midi sur le secteur Europe/Nord-Atlantique. La qualité de ce type de mesure est particulièrement menacée par la 5G. Crédits : Woksat / Eumetsat.

Or, c’est bien moins que les -55 dbW préconisés par l’Organisation météorologique mondiale (OMM). « Le déploiement de la 5G n’en est qu’à son début. Mais quand elle aura entièrement remplacé le haut débit mobile utilisé aujourd’hui, nous ne serons plus capables de faire la différence entre les observations atmosphériques véritables et les interférences causées par la 5G » rapporte Eric Allaix, chargé de la répartition des fréquences au sein de l’OMM.

Aux États-Unis, la Commission fédérale des télécommunications (FCC) souhaite même abaisser cet écart à -20 dbW. Il va sans dire que de telles propositions sont très critiquées car elles dégraderaient fortement la capacité à anticiper des phénomènes majeurs. On pense par exemple aux cyclones tropicaux ou aux tempêtes hivernales des moyennes latitudes.

Un accord décevant et inquiétant 

De son côté le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT) a fait part de sa déception. « L’accord conclu en Égypte est loin de garantir que les applications 5G n’interféreront pas avec les observations météorologiques à 24 GHz » peut-on lire dans un communiqué publié le 25 novembre. On soulignera tout particulièrement le passage suivant.

« Il est inquiétant et décourageant de voir l’histoire se répéter et la Science perdre face à d’autres pressions sociétales. On observe le coût que la société doit maintenant payer pour avoir ignoré les avertissements sur le réchauffement planétaire. On aurait pu espérer que la science atmosphérique aurait eu plus de poids ».

Et ce même si les négociations concernant d’autres bandes de fréquences se sont révélées plutôt satisfaisantes. Aussi, à l’heure ou le changement climatique augmente notre vulnérabilité aux phénomènes extrêmes, la dernière chose dont nous avons besoin est d’une dégradation des moyens de s’en prévenir.

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