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Les hommes et les femmes ressentent la douleur différemment. Nous pourrions enfin savoir pourquoi

Crédits : kevin120415/Pixabay

On a longtemps supposé que la douleur était traitée de la même manière par tout le monde. Or, de plus en plus d’études suggèrent que ce n’est pas du tout le cas. Globalement, les femmes seraient plus sensibles à la douleur que les hommes. De nouveaux travaux dirigés par des chercheurs canadiens examinent de plus près ces différences biologiques conduisant à ces différences fondées sur le sexe.

Les femmes plus sensibles à la douleur que les hommes

Les femmes sont davantage touchées par le fardeau de la douleur chronique. Elles sont en effet plus susceptibles que les hommes de déclarer des douleurs lombaires, bucco-faciales, cervicales et neuropathiques. En outre, deux fois plus de femmes signalent des migraines ou des maux de tête courants.

Dans l’évaluation quantitative de la douleur induite expérimentalement, les femmes montrent également une plus grande sensibilité à la douleur que les hommes à travers plusieurs modalités nocives, y compris la douleur induite mécaniquement, électriquement, thermiquement et chimiquement. On ignore cependant encore précisément pourquoi. Certaines études suggèrent que le corps féminin aurait une plus grande densité nerveuse ou que les fluctuations des hormones féminines pourraient amplifier la perception de la douleur par le corps.

Dans le cadre de nouveaux travaux publiés dans la revue Brain, le Dr Annemarie Dedek et son équipe de l’Université Carleton ont analysé de près les récepteurs nerveux situés dans les tissus de la moelle épinière.

La moelle épinière se présente en effet comme une sorte d’intermédiaire dans la voie de la douleur. Lorsque les capteurs neuronaux des muscles, de la peau, organes ou des articulations détectent une sensation potentiellement dangereuse pour l’organisme, des signaux sont envoyés à la moelle épinière. À son tour, celle-ci active d’autres nerfs qui envoient des signaux au tronc cérébral et au cerveau. Tout se fait évidemment en une fraction de seconde.

Cette étude disposait de deux grands avantages par rapport aux recherches précédentes. Premièrement, elle incluait des sujets féminins. Et deuxièmement, elle incluait des sujets humains.

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Crédits : StockSnap/Pixabay

Une question hormonale ?

Tout d’abord, notez qu’il existe un type spécifique de protéine qui vit dans notre moelle épinière. Celui-ci est connu sous le nom de facteur neurotrophique dérivé du cerveau, ou BDNF en abrégé. Il joue un rôle important et complexe dans le traitement de la douleur, amplifiant les signaux sur de courtes périodes et faisant l’inverse à long terme. Ce n’est pas nouveau. Ce gène a en effet été découvert il y a déjà quarante ans et d’autres travaux ont déjà étudié son rôle dans la perception de la douleur. Cependant, comme dit plus haut, la plupart des études précédentes se sont concentrées sur des sujets murins mâles, souvent des rats.

Cela étant dit, en analysant les tissus de la moelle épinière en laboratoire, les chercheurs ont alors constaté que ce gène BDNF était essentiel pour amplifier la signalisation de la douleur de la moelle épinière chez les humains mâles et les rats mâles. Les femmes et les rattes n’étaient toutefois pas affectées par ce facteur. En d’autres termes : les corps masculins et féminins, et le gène BDNF en particulier, traitent vraiment la douleur différemment. Mais pourquoi ?

« Nous concluons que cette différence de sexe en réponse au BDNF est à médiation hormonale« , écrivent les auteurs. Cela concorde avec les études précédentes qui attribuent la douleur des femmes à leurs niveaux d’œstrogènes plus élevés. Cette hypothèse est également appuyée par les résultats d’une expérience distincte au cours de laquelle les chercheurs ont prélevé les ovaires de plusieurs des rates impliquées dans cette étude. Les différences constatées précédemment entre les sexes avaient en effet disparu. 

L’importance de la recherche

C’est la première fois que des différences basées sur le sexe dans la signalisation de la douleur sont signalées dans la moelle épinière. Des recherches supplémentaires seront naturellement nécessaires pour mieux appréhender la manière dont ces différences biologiques amènent les hommes et les femmes à traiter la douleur si différemment.

Néanmoins, l’importance de cette découverte ne doit pas être sous-estimée. En effet, la plupart des analgésiques disponibles sur le marché ne s’intéressent pas à ce dimorphisme sexuel. Cette nouvelle découverte pourrait ainsi jeter les bases du développement de nouveaux traitements plus adaptés pour aider les personnes souffrant de douleur chronique.