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Pourquoi l’Ouest américain subit-il tant de feux de forêt ?

Crédits : ELG21/pixaay

Quatre facteurs principaux permettent d’expliquer pourquoi la Californie et d’autres États de l’Ouest américain sont particulièrement sujets aux feux de forêt dévastateurs.

Attisé par des vents forts, l’incendie « McKinney », le plus vaste de l’année en Californie, a déjà détruit plus de 21 000 hectares de forêt près de la ville de Yreka, dans le nord de l’État, détruisant des maisons et forçant des milliers de personnes à évacuer leurs domiciles. Or, nous ne sommes qu’au début la saison des incendies dans l’Ouest américain qui culmine traditionnellement entre la mi-juillet et octobre.

L’actualité pourrait laisser à penser que le nombre de feux de forêt est en augmentation dans cette région. En réalité, ce n’est pas le cas. Les incendies sont en revanche plus importants et durent plus longtemps, de sorte que la superficie totale brûlée par an augmente rapidement. Comme nous l’avons précédemment rapporté, la surface moyenne de terres brûlées sur les états de la côte ouest est en effet passée de 6 840 km² entre 1984 et 2000 à plus de 13 550 km² entre 2001 et 2018. Quatre facteurs clés expliquent cette tendance.

Climat et paysage

L’Ouest américain a un climat méditerranéen. La plupart des précipitations tombent donc pendant les mois d’hiver, frais et humides, tandis que l’été, la saison la plus sèche de la région, s’aligne sur la saison la plus chaude. Ces conditions favorisent le déclenchement et la propagation des incendies.

La végétation de la région (principalement des aiguilles de pin, des herbes sèches et autres arbustes) est également hautement inflammable. À l’Est, les feuilles d’érable et de hêtres, qui dominent la région, gardent beaucoup plus d’humidité, ce qui limite le risque d’incendie.

De plus, les vents saisonniers de Santa Ana apportent régulièrement de fortes rafales extrêmement sèches de la région du Grand Bassin au sud de la Californie, généralement à l’automne. Ces vents dessèchent encore davantage la végétation et attisent les feux de forêt par le transport des braises.

Changement climatique

Les incendies de forêt sont inextricablement liés au changement climatique qui rend la région de l’Ouest américain plus chaude et plus sèche. L’Ouest s’est réchauffé de près de 1,5°C en moyenne par rapport au siècle dernier. Les températures plus élevées et le manque de précipitations dessèchent inévitablement la végétation et précipitent la chute des feuilles au sol.

L’influence du changement climatique est clairement visible depuis plusieurs années. En effet, neuf des dix plus grands incendies de forêt de l’État californien se sont produits au cours de la dernière décennie, y compris celui d’August Complex, déclenché par la foudre, qui a brûlé plus d’un million d’acres de terres en 2020.

De plus, le changement climatique allonge également la saison des incendies. Elle est en effet deux mois et demi plus longue en moyenne comparée aux années 1970.

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Crédits : ico_k-pax / iStock

Suppression des incendies

Avant la colonisation moderne de l’Ouest américain (années 1860), les terres boisées brûlaient régulièrement, la plupart du temps à cause des étincelles de foudre. Les communautés autochtones déclenchaient également parfois des feux. Au début du 20e siècle, les autorités ont cependant mis en place une politique d’extinction agressive de ces incendies, le but étant de les contenir et de les éteindre le plus rapidement possible.

Cette pratique a favorisé la pousse de broussailles sur les sols forestiers qui se présentent désormais comme de véritables « poudrières » favorisant des incendies plus impressionnants. Une végétation plus dense brûle en effet plus rapidement et plus sévèrement.

Le fait de contenir ces incendies à l’excès a également favorisé la pousse d’arbustes et d’espèces d’arbres intolérants au feu, comme les sapins blancs, à des altitudes plus basses. Or, les aiguilles de ces arbres courent le long de leurs troncs jusqu’à la canopée, créant ainsi des feux de cime qui sont les plus difficiles à contenir.

Au cours des dernières années, les autorités locales ont choisi de brûler volontairement plusieurs parcelles de terre vulnérables tout en contrôlant ces incendies dans le but de prévenir des catastrophes de plus grande ampleur. Ces opérations pourraient s’élargir à l’échelle nationale dans les années à venir.

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Crédits : AdinaVoicu/Pixabay

Établissement humain

Au fur et à mesure que la population grandit, le risque de déclencher des feux de forêt augmente également inévitablement. On estime que la moitié de tous les incendies de forêt sont déclenchés par la foudre. L’autre moitié serait enflammée par les humains soit indirectement (lignes électriques abattues ou étincelles de rails de train par exemple), soit directement (mégots de cigarettes ou feux de camp principalement).

Cependant, nous savons désormais que les incendies de forêt déclenchés par l’activité humaine se propagent plus de deux fois plus rapidement et sont de plus grande ampleur que ceux allumés par la foudre. Cela s’explique par leur développement dans des conditions souvent plus chaudes et sèches par rapport à ceux déclenchés naturellement par la foudre. Dans ce contexte plus inflammable, les dimensions et le potentiel de destruction des feux d’origine humaine sont par conséquent plus élevés.