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Pourquoi des chercheurs ont-il peint de gros yeux sur la croupe de ces vaches ?

Crédits : UNSW Australia

La prédation du bétail par les grands carnivores, comme les lions, et le massacre de ces derniers en représailles, est un véritable défi de conservation. Des chercheurs travaillent depuis quelques années à la mise en place de moyens de dissuasion non létaux. L’un d’eux implique de peindre des yeux sur l’arrière-train des bovins. Et ça fonctionne !

Attaques et représailles

En Afrique, les conflits opposant villageois et éléphants sont très souvent mis en lumière. Les pachydermes parcourent en effet de très longues distances pour boire et se nourrir, piétinant alors parfois les cultures et s’exposant à la colère des agriculteurs. Cependant, ces derniers doivent également faire face à d’autres menaces : les grands prédateurs.

Pour protéger le bétail, les troupeaux sont gardés pendant la nuit dans des enclos. Cependant, ils évoluent généralement sans surveillance pendant la majeure partie de la journée, s’exposant de ce fait aux attaques des lions, léopards et autres hyènes.

Pour les éleveurs, les pertes sont parfois nombreuses. C’est pourquoi ils n’hésitent pas à chasser ou à empoisonner ces grands carnivores. Les lions, notamment, sont responsables de la grande majorité de ces attaques. Cela signifie qu’ils sont également les plus ciblés en représailles. Une situation inquiétante, dans la mesure où ces animaux sont menacés d’extinction.

Pour tenter de remédier à cette situation, des chercheurs australiens ont, dès 2016, eu une idée surprenante : celle de peindre des yeux sur les fesses de ces bovins. Pourquoi ? Parce que les lions, et autres léopards, sont des prédateurs embusqués qui jouent sur l’effet de surprise pour attaquer leurs proies. En règle générale, il suffit que ces dernières les remarquent pour que les prédateurs abandonnent la partie.

Pour autant, le fait de peindre de faux yeux sur le poil de ces bovins pourrait-il suffire à dissuader les attaques ?

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Le chercheur Nenguba Keitsumetsi démontre la technique à un éleveur. Crédits : Bobby-Jo

Une astuce non létale qui fonctionne

Pour le savoir, une équipe de chercheurs dirigée par Neil R Jordan, de l’UNSW, a mené plusieurs tests dans la région du delta de l’Okavango, au Botswana. Ici, les grands carnivores peuvent se déplacer librement et les pertes de bétail sont courantes. En réponse, les éleveurs n’hésitent pas à abattre les animaux.

En collaboration avec la Botswana Predator Conservation et les éleveurs locaux, les chercheurs ont peint le bétail de quatorze troupeaux qui avaient récemment subi des attaques de lions. Un tiers des animaux présentaient un motif oculaire sur la croupe, un second tiers présentaient de simples petites croix et le dernier tiers n’a pas été marqué. Tous ont été placés dans la même zone de manière à les exposer à des risques similaires.

Nous avons réalisé 49 expériences et chacune a duré 24 jours. Sur quatre ans, un total de 2 061 bovins ont participé à l’étude“, explique Neil R Jordan. “Finalement, nos travaux ont révélé que les lions étaient effectivement moins susceptibles d’attaquer le bétail s’ils avaient les yeux peints sur la croupe”.

En effet, aucune des 683 des vaches dont la croupe avait un oeil n’a été tuée par des prédateurs au cours de l’étude. En revanche, 15 des 835 bovins non marqués et quatre des 543 bovins marqués de simples croix ont été tués. Pour les chercheurs, il paraît évident que cette simple technique pourrait être utilisée par les éleveurs pour tenir les prédateurs embusqués à distance.

Ces résultats sont également intéressants du point de vue de la biologie évolutive. Des motifs oculaires sont parfois visibles sur des papillons, poissons, amphibiens et autres oiseaux. Aucun mammifère n’est en revanche connu pour présenter de tels motifs naturels pour dissuader la prédation. Or, il semblerait que les lions y soient bel et bien sensibles.

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Crédits : Alexas_Fotos/pixabay

Quelques limites

Soulignons tout de même deux limites à ces travaux. D’une part, nous ne savons quelle aurait été la réaction des prédateurs si tous les bovins avaient été flanqués d’un oeil. “Des recherches plus poussées pourraient le découvrir“, souligne le chercheur. “Mais en attendant, appliquer des marques artificielles aux individus les plus précieux du troupeau peut être très pragmatique“.

Enfin, on ne sait pas encore si la technique reste efficace à long terme. Il faut en effet garder à l’esprit que ces recherches sont encore très récentes. Et s’il s’avère que les lions semblent sensibles à ces marques, il reste tout à fait possible que ces derniers finissent par s’y habituer. Dès lors, ils pourraient finir par ignorer ces facteurs de dissuasion.