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Pourquoi des chercheurs ont-ils donné de l’ecstasy à des pieuvres ?

Crédits : Wikimedia Commons / Pseudopanax

Une équipe de chercheurs a récemment entrepris de droguer des pieuvres avec de l’ecstasy. Pourquoi ? Pour découvrir les origines anciennes du comportement social. Et les résultats de cette expérience sont “incroyables”.

Les Hommes et les poulpes sont très différents, physiquement bien sûr, mais également sur le plan cérébral. Mais certaines choses, malgré nos différences, peuvent-elles nous rapprocher ? Que se passerait-il alors si les pieuvres étaient droguées à l’ecstasy ? Réagiraient-elles comme les Hommes ? Oui, répond une étude. En montrant que les pieuvres – normalement antisociales – deviennent beaucoup plus amicales et tactiles après avoir été droguées à l’ecstasy suggère un lien entre nos deux espèces, malgré 500 millions d’années de divergences évolutives.

Pour cette étude publiée dans Current Biology, les chercheurs ont administré de l’ecstasy à quatre pieuvres californiennes (Octopus bimaculoides). Le but étant de savoir si, comme chez l’Homme, la drogue pouvait également se lier aux transporteurs de sérotonine, cette molécule responsable de la sensation de bien-être qui, sous l’effet de la drogue, amplifie le phénomène d’extraversion. Après avoir été drogués, les poulpes ont ensuite été placés dans une pièce à trois compartiments : une pièce centrale, un contenant une autre pieuvre et un autre présentant un jouet en plastique.

Les pieuvres sont asociales. C’est pourquoi elles évitent, en temps normal, systématiquement la pieuvre mâle présentée ici, jugée “hostile”. Sous ecstasy en revanche, c’était tout le contraire.

Les pieuvres ont également été beaucoup plus tactiles. « Elles étreignent essentiellement la cage et exposent des parties de leur corps qu’elles n’exposent normalement pas à une autre pieuvre », explique Gül Dölen, de l’Université Johns Hopkins (États-Unis) et principale auteure de l’étude. Une observation étonnante, car similaire aux observations faites avec les Hommes, malgré nos différences cérébrales : « Une pieuvre n’a pas de cortex, et n’a pas de circuit de récompense », poursuit le chercheur. « Et pourtant, elle est capable de réagir à la MDMA (ecstasy). La drogue peut donc produire les mêmes effets chez un animal avec une organisation cérébrale totalement différente ».

Ainsi, à la vue de ces résultats et malgré la petite taille de l’échantillon, la sérotonine joue un rôle de médiation des interactions sociales entre espèces depuis au moins 500 millions d’années.

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