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Les couches supérieures de l’océan sont anormalement chaudes. Voici pourquoi

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Crédits : Pexels/Pixabay

Les températures à la surface de l’océan ont atteint un niveau record il y a quelques jours depuis le début des mesures par satellite dans les années 1980. Deux facteurs permettent d’expliquer cette tendance.

La Niña et El Niño

La Niña et El Niño sont deux phénomènes climatiques qui affectent les températures et les précipitations à travers le monde. Ils se produisent dans l’océan Pacifique tropical et sont liés à des fluctuations de température de surface de la mer dans cette région.

El Niño est un phénomène qui se produit lorsque les températures de surface de la mer dans l’est de l’océan Pacifique tropical sont plus chaudes que la normale pendant plusieurs mois consécutifs. Cela a des effets sur les vents et les courants océaniques, ce qui entraîne des modifications des conditions météorologiques à travers le monde. Les effets d’El Niño peuvent inclure des sécheresses en Asie du Sud-Est et en Australie, des tempêtes plus fréquentes dans le Pacifique oriental ou encore des températures plus élevées dans le nord des États-Unis, pour ne citer que quelques exemples.

La Niña est en revanche un phénomène qui se produit lorsque les températures de surface de la mer dans l’est de l’océan Pacifique tropical sont plus froides que la normale pendant plusieurs mois consécutifs. Là encore, cela a des effets sur les vents et les courants océaniques. Les conditions météorologiques qui en résultent peuvent inclure des sécheresses en Amérique du Sud et en Afrique de l’Est, des tempêtes plus fréquentes dans le Pacifique ouest ou encore des hivers plus froids dans le nord des États-Unis.

La surface océanique se réchauffe

Cela étant dit, les températures des plus hautes couches de l’océan auraient atteint une moyenne mondiale de 21,1°C au cours des premiers jours d’avril. Le précédent record de 21°C avait été établi en mars 2016. À titre de comparaison, la moyenne mondiale enregistrée entre 1982 et 2011 tournait autour de 20,4°C au début du printemps, selon les données de l’Université du Maine.

Ce nouveau record est le résultat de l’accumulation de chaleur due au changement climatique, désormais non supprimée par La Niña. Ce cycle océanique, qui durait depuis trois ans, s’est en effet clôturé en mars. « Maintenant que La Niña est terminée, le Pacifique tropical, qui est un immense océan expansif, se réchauffe« , résume ainsi Michael McPhaden, océanographe au Pacific Marine Environmental Laboratory de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA).

Notez que la fin de La Niña est une circonstance aggravante. La tendance de fond de ce réchauffement reste le changement climatique. À mesure que les gaz à effet de serre s’accumulent au-dessus de nos têtes, l’atmosphère, la surface terrestre, mais aussi la surface océanique se réchauffent. Ces tendances oscillent ensuite un peu de haut en bas en fonction des cycles de La Niña et El Niño.

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Crédits : Pexels/Pixabay

Vers une année record ?

Si les concentrations de gaz à effet de serre en 2022 étaient les plus élevées jamais enregistrées, ce n’était pas l’année la plus chaude jamais enregistrée en termes de températures de surface mondiales, justement grâce à La Niña. Le record est pour le moment toujours détenu par l’année 2016 qui combinait à l’époque une charge élevée de gaz à effet de serre dans l’atmosphère et un phénomène El Niño majeur.

Actuellement, le Pacifique est dans un « état neutre » (ni El Niño ni La Niña). Cependant, les modèles de prévision placent les chances de basculer dans un El Niño plus tard cette année à environ 60%. En partant du principe qu’il y a généralement un décalage entre le début de ces cycles océaniques et le réchauffement des températures de surface, il est donc très possible que l’année 2024 soit particulièrement chaude. Il est également possible que le record de 2016 tombe.

Rappelons cependant qu’il est difficile de faire de telles projections à partir des tendances du début du printemps. Le système océanique est en effet très volatil à cette période de l’année et peut facilement basculer d’un schéma à l’autre. Ainsi, l’année 2024 pourrait donc être une année de tous les records, mais ce n’est pas encore sûr.