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Pourquoi ce cimetière de l’âge de pierre intrigue-t-il autant les chercheurs ?

cimetière arctique laponie Finlande
Les restes de ce qui pourrait être une fosse funéraire comblée sur le site subarctique. Crédits : Photographie de Tuija Lauren ; Agence finlandaise du patrimoine ; Antiquity Publications Ltd

Les archéologues ont identifié ce qui pourrait être l’un des plus grands cimetières de chasseurs-cueilleurs préhistoriques au nord de l’Europe. Vieux de 6 500 ans, vous le retrouverez à Tainiaro, en Finlande, près du cercle polaire arctique. Bien que le site ait révélé des milliers d’objets, des ossements d’animaux et des fosses remplies de sédiments, aucune trace de squelettes humains n’a cependant été trouvée en raison de la décomposition rapide dans le sol acide, laissant un peu les chercheurs sur leur faim.

Un énorme cimetière

Situé dans la vaste forêt boréale du nord de la Finlande, près de la baie de Botnie, dans le sud-ouest de la Laponie, le site archéologique de Tainiaro est connu depuis la fin des années 50. Il fut découvert à l’époque par des ouvriers locaux extrayant du sable.

Bien que de premières découvertes, comprenant des objets en pierre, aient rapidement été signalées aux autorités locales, elles n’ont pas reçu l’attention qu’elles méritaient à l’époque. Environ trente ans plus tard, une tentative de fouille dirigée par Tuija Laurén et son équipe de l’Université d’Oulu avait également été entravée par des contraintes financières, laissant les recherches inachevées. Cependant, déjà à l’époque, on soupçonnait que le site pouvait être un cimetière de l’âge de pierre.

Plus récemment, cette même équipe est finalement intervenue sur le site pour effectuer des analyses détaillées. Contre toute attente, ces fouilles ont révélé environ 200 fosses individuelles, ce qui est beaucoup plus important que les premières estimations ne laissaient supposer. Cette ampleur est particulièrement inhabituelle étant donné la localisation du site, situé à quelques dizaines de kilomètres seulement du cercle arctique.

« Les recherches sur Tainiaro montrent qu’apparemment de grands cimetières existaient également près du cercle polaire arctique« , a déclaré Aki Hakonen, du département d’archéologie de l’université d’Oulu. « La recherche soulève des questions sur la raison pour laquelle un tel site existe si haut sur la carte et s’il existe encore des cimetières similaires à découvrir dans la douzaine de vallées fluviales de la baie de Botnie« .

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Fouilles du site de Tainiaro. Crédits : Tuija Lauren

Aucun reste humain

Le problème est que les chercheurs ne décrivent que des preuves évasives. Malheureusement, les restes physiques, y compris les os, ont été complètement décomposés au fil des millénaires, probablement en raison de la forte acidité du sol. Ainsi, les preuves reposent principalement sur la configuration distinctive de dizaines de fosses allongées. En comparant la forme uniforme de ces fosses à celle de plus de 800 autres tombes de l’âge de pierre issues de quatorze cimetières d’Europe du Nord, l’équipe a en effet renforcé son argument selon lequel ces structures étaient utilisées pour la sépulture des défunts.

Il est également important de noter que ces fosses présentaient fréquemment des traces de restes carbonisés et de pigments d’ocre rouge. Bien que les chercheurs ne soient pas complètement certains de la signification de ces éléments, ils suggèrent que cela pourrait revêtir une signification culturelle profonde pour la civilisation inconnue qui a choisi d’inhumer ses défunts dans cette région hostile de la planète. « Une association ancienne entre l’ocre rouge et le feu, et avec la chaleur du foyer vital, n’est qu’une possibilité parmi tant d’autres, mais qui résonne profondément, en particulier dans le contexte subarctique« , écrivent les auteurs de l’étude.

Pour élucider davantage ce mystère, les chercheurs ont entrepris de cartographier Tainiaro à l’aide d’une imagerie radar géophysique. Cette approche permettra d’obtenir des informations supplémentaires sans perturber physiquement le site. Ils espèrent également que des recherches et des fouilles plus approfondies permettront de révéler de nouvelles informations susceptibles de les éclairer sur la culture mystérieuse qui se cache derrière ce cimetière.

Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Antiquity.