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Voici pourquoi il va falloir attendre deux ans avant Artemis 2

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Le système Terre-Lune vu par Orion. Crédit : NASA

À supposer que le bouclier thermique du vaisseau Orion survive à sa prochaine rentrée atmosphérique prévue le 11 décembre prochain, la mission Artemis 1 aura dépassé les attentes de la NASA, offrant la promesse que des humains voleront à nouveau bientôt vers la Lune. Sur le papier, Artemis 2 n’est prévue que dans deux ans minimum. Une question se pose alors : si Artemis s’est aussi bien passée, pourquoi attendre si longtemps pour la suite ? Les raisons, principalement budgétaires et techniques, impliquent de petits ordinateurs de vol.

Il y a bien longtemps dans un budget lointain, très lointain

En 2014, les plans du programme Artemis étaient encore assez flous, mais il avait initialement été décidé de ne faire voler la version originale de la SLS, connue sous le nom de « Block 1 », qu’une seule fois. Pour la suite, l’agence prévoyait de mettre à niveau l’étage supérieur de la fusée, révélant une version connue sous le nom de « Bloc 1B ». Cette version, plus haute et plus puissante que la première, nécessitait alors la construction d’une seconde tour de lancement, ce qui représente environ trois années de travail.

À l’époque, la NASA prévoyait de lancer la première mission SLS/Orion en 2017. Une seconde mission, transportant des humains à bord d’Orion lors d’un vol d’essai, devait suivre en 2020 sur la plus grande fusée. Cependant, cet écart de trois ans entre les deux missions n’a pas vraiment plu au Congrès américain.

La pression politique était telle que les responsables de la NASA ont décidé qu’il serait en effet préférable de construire une deuxième tour de lancement de suite. La facture serait importante (plus de 300 millions de dollars), mais une seconde tour à disposition rapidement permettrait également plusieurs vols de la version « Block 1 » de la fusée SLS, la NASA étant consciente qu’il y aurait de toute façon des retards inévitables avec la mise à niveau du Bloc 1B.

En 2019, le Congrès a finalement adopté l’idée, allouant à la NASA un budget supplémentaire de 383 millions de dollars, mais rien ne s’est déroulé comme prévu. L’entrepreneur principal, Bechtel, a en effet enchaîné des années de retard et le coût du projet est maintenant estimé à au moins un milliard de dollars. Le projet ne sera par ailleurs achevé qu’en novembre 2026 au plus tôt. Ainsi, en attendant, la NASA est aujourd’hui libre d’utiliser la tour d’origine pour plusieurs lancements de la première version de la SLS.

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Décollage de la SLS le 16 novembre 2022. Crédits : United Launch Alliance

Huit petits ordinateurs

Les énormes dépassements de budget du programme ont amené ses responsables à se demander si certains composants du premier vol pourraient être utilisés sur le second. En particulier, ils se sont concentrés sur une série de « boîtes » d’avionique exploitant les systèmes de communication, de navigation, d’affichage et de contrôle de vol d’Orion. Il s’agit de petits ordinateurs résistants aux radiations capables de fonctionner dans diverses conditions thermiques.

En n’ayant pas besoin de construire ces nouveaux boîtiers pour le deuxième vol d’Orion, le programme a réussi à économiser environ 100 millions de dollars. Cependant, la réutilisation de tels composants prend du temps. Les huit ordinateurs intégrés à Artemis 1 doivent être récupérés, puis inspectés. Ils seront ensuite soumis à plusieurs tests pour être finalement autorisés à intégrer Artemis 2. Selon un rapport récent, ce processus long devrait prendre au moins 24 mois.

C’est pourquoi nous allons devoir attendre si longtemps. Sans dépassements faramineux de budget, les responsables du programme n’auraient pas eu à faire d’économies. De nouveaux ordinateurs auraient pu être intégrés à Artemis 2, accélérant finalement son lancement. Ces retards de calendrier devraient également se reporter sur Artemis 3. Initialement, la mission devait être lancée en 2025 au plus tôt. A priori, le retour des humains sur la Lune se fera encore un peu plus tard, probablement en 2028.

Brice Louvet

Rédigé par Brice Louvet

Brice est un journaliste passionné de sciences. Ses domaines favoris : l'espace et la paléontologie. Il collabore avec Sciencepost depuis près d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.