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Ces poissons ont quitté la mer pour vivre sur terre, puis ils ont eu le mal du pays

Qikiqtania wakei Tiktaalik roseae
Crédits : Alex Boersma

Il y a environ 375 millions d’années, des poissons de plus de deux mètres de long décidèrent de tenter leur chance sur la terre ferme et d’y rester. À peu près à la même époque, d’autres explorateurs de ces terres émergées jugèrent que cette vie terrestre ne leur convenait pas pour finalement retourner dans l’eau.

Plus communément appelé simplement Tiktaalik, Tiktaalik roseae est un genre éteint de sarcoptérygiens ayant vécu durant la fin du Dévonien dans ce qui est aujourd’hui le nord-est du Canada. Avec ces nageoires en forme de pattes qui l’aidaient à se hisser hors de l’eau et sur des berges peu profondes, cet ancien poisson est considéré comme l’un des plus anciens ancêtres communs de tous les vertébrés terrestres, des dinosaures aux mammifères.

Cependant, Tiktaalik n’a pas été le seul à tenter ce voyage évolutif. D’autres poissons de l’époque tels que le Qikiqtania wakei nouvellement découvert avaient en effet également la capacité de se hisser hors de l’eau. Néanmoins, tout comme vous pourriez regretter l’achat d’un appartement, il semblerait que ces derniers aient finalement rebroussé chemin pour vivre dans l’eau à nouveau après un bref séjour sur la terre ferme. C’est en effet ce que suggère l’analyse de plusieurs fossiles décrits dans la revue Nature.

L’un a continué, l’autre a fait demi-tour

Tiktaalik roseae et Qikiqtania wakei ont vécu pendant la période du Dévonien supérieur, il y a environ 375 millions d’années. Comme Tiktaalik, une analyse des os de la mâchoire supérieure et inférieure de Qikiqtania suggère que ce poisson avait une tête triangulaire aplatie avec une paire d’yeux coiffés au sommet. Au premier regard, ces deux poissons se ressemblaient donc beaucoup. D’ailleurs, les paléontologues ont d’abord cru que Qikiqtania était un Tiktaalik. En réalité, ils étaient très différents.

D’une part, Qikiqtania était beaucoup plus petit. Alors que Tiktaalik pouvait atteindre 2,7 m de long, ce poisson ne dépassait pas les soixante-quinze centimètres. D’autre part, alors que les nageoires Qikiqtania ressemblent superficiellement à celles de Tiktaalik, une analyse approfondie suggère que les os contenus à l’intérieur manquaient d’éléments structurels nécessaires pour soulever et maintenir le corps du poisson, et donc pour marcher. Au contraire, la structure de ses nageoires suggère que ce poisson était bâti pour la nage.

Qikiqtania wakei Tiktaalik roseae poissons
Illustration de Qikiqtania wakei (au centre) et de son plus grand cousin Tiktaalik roseae. Crédits : Alex Boersma

En d’autres termes, Qikiqtania semble être une espèce en pleine volte-face évolutive. Après avoir développé un corps similaire à celui de Tiktaalik et des tétrapodes amphibies (animaux à quatre pattes) qui le suivraient, ces poissons seraient finalement retournés à l’eau pour évoluer comme une espèce marine à part entière.

Selon les auteurs de l’étude, la découverte de ces fossiles apporte de nouvelles pièces au puzzle très désordonné de l’évolution des vertébrés. Tiktaalik est en effet souvent considéré comme un animal de transition témoignant du schéma progressif des changements de la vie aquatique à la vie terrestre. Cependant, nous savons que l’évolution n’est pas toujours un processus linéaire. Il suffit de regarder les baleines, revenues à la vie marine après avoir déjà développé des sabots sur terre.