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Dans les rivières, la méthamphétamine change le comportement des truites

Crédits : Pavel Horký

Une récente étude suggère que de petites quantités de méthamphétamine rejetées dans les rivières suffisent à modifier les comportements des truites. Une exposition prolongée pourrait alors perturber les schémas migratoires et compromettre la recherche de nourriture ou de partenaires.

Après avoir été consommée par certains humains, les restes de méthamphétamine intègrent les cours d’eau par les systèmes d’égouts et les rejets des usines de traitement des eaux usées. Selon les zones, les concentrations de drogue peuvent aller de quelques nanogrammes à des dizaines de microgrammes par litre d’eau, selon des rapports publiés dans les revues Chemosphere et Water.

Dans le cadre d’une récente étude, Pavel Horký et son équipe, de l’Université des sciences de la vie de Prague (République tchèque), ont examiné les effets de ces composés sur les poissons évoluant dans les cours d’eau pollués. Les résultats de ces travaux ont été publiés dans le Journal of Experimental Biology.

Une préférence marquée pour l’eau contaminée

Les chercheurs se sont concentrés sur la truite brune (Salmo trutta). Un groupe de soixante spécimen a été placé dans un réservoir sans drogue pendant deux mois et soixante autres dans un réservoir contenant un microgramme de méthamphétamine par litre d’eau.

Les chercheurs ont ensuite transféré les poissons exposés à la drogue dans un aquarium spécialement conçu pour proposer un courant d’eau propre et un courant d’eau contenant des traces de méthamphétamine. Immergé pendant dix jours, les poissons pouvaient donc choisir le milieu dans lequel ils voulaient évoluer. Les poissons exposés à de l’eau propre au préalable ont également intégré cet aquarium.

Les chercheurs ont alors constaté que, au cours des quatre premiers jours après l’échange de réservoir, les poissons exposés à la méthamphétamine avaient une préférence plus marquée pour l’eau droguée, par rapport aux poissons qui n’avaient pas été exposés à la méthamphétamine. Cette différence diminuait ensuite à mesure que les poissons exposés passaient de temps dans l’aquarium sans drogue.

poissons méthamphétamine truites
Crédits : LivingFlyLegacy/Pixabay

Des effets sur le comportement

Les chercheurs ont également noté qu’en général, les poissons exposés à la méthamphétamine sont devenus moins mobiles au cours de ces quatre premiers jours de sevrage, tandis que les poissons sans drogue nageaient comme d’habitude. Ce manque de mouvement a été interprété par les chercheurs comme un marqueur de stress inhérent à leur “sevrage” forcé. Un comportement similaire avait été observé chez le poisson zèbre exposé à des opioïdes en 2017, dans le cadre d’une étude publiée dans la revue Behavioral Brain Research.

Les chercheurs ont également prélevé des échantillons de tissu cérébral des poissons pour examiner la présence de composés de méthamphétamine et d’amphétamine, un sous-produit métabolique de la drogue. Ces analyses ont révélé que la quantité d’amphétamine dans le cerveau, qui indiquait une exposition passée à la méthamphétamine, était en corrélation avec le comportement de nage modéré des poissons.

D’un autre côté, les chercheurs ont isolé de la méthamphétamine dans le cerveau des poissons ayant délibérément choisi de nager dans l’eau contenant de la drogue. En outre, cette exposition était en corrélation avec une légère augmentation des mouvements de nage, suggérant que la méthamphétamine pouvait “soulager” les poissons auparavant exposés pendant leur sevrage.

Pour les auteurs, ces résultats suggèrent que la présence de méthamphétamine dans les rivières pourrait donc avoir des effets sur le comportement des truites.

«Je ne suis pas sûr que vous puissiez vraiment dire que ces poissons sont accros à la méthamphétamine. En revanche, ils montrent clairement une préférence pour le composé», a déclaré Gabriel Bossé, de l’Université de l’Utah. D’après lui, ces effets pourraient potentiellement «entraver leur capacité à trouver de la nourriture, à éviter les prédateurs et à se reproduire dans la nature».

Dans le cadre de prochains travaux, l’équipe visera à déterminer si ces schémas de dépendance observés en laboratoire se produisent également dans la nature. Ils chercheront également à comprendre comment la méthamphétamine se mélange avec d’autres contaminants, tels que les antidépresseurs, et comment ces substances perturbent collectivement le comportement des poissons.