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Plusieurs mers du bassin arctique déjà victimes d’une ‘atlantification’

Crédits : NASA/Goddard Space Flight Center Scientific Visualization Studio.

La glace de mer située dans le bassin arctique est grandement fragilisée par le côté pacifique, mais également par le flanc atlantique. Sur ce dernier point, les observations satellitaires montrent que l’eau chaude et salée originaire du Gulf Stream s’infiltre jusqu’aux mers de Barents et Kara où elle limite grandement la croissance de la glace en hiver. On parle alors d’atlantification. Les résultats ont été publiés dans le Journal of Climate ce 18 mai.

Outre le déclin directement lié au réchauffement climatique, la banquise subit les assauts des océans qui l’entourent. La capacité à récupérer durant l’hiver le volume de glace perdu en été s’en trouve par conséquent limitée. Autrement dit, en plus d’une fonte accélérée en saison chaude, l’Arctique connaît une moindre production de glace en saison froide. Il s’agit d’une double peine pour cette région où l’élévation des températures est plus de trois fois celle de la moyenne mondiale.

Rendue plus vulnérable aux chaleurs d’été comme aux tempêtes d’hiver, la banquise est entraînée dans une spirale infernale où les mécaniques de cercles vicieux interagissent les unes avec les autres. L’évolution du volume de glace ou encore le pourcentage de surface occupée par de la banquise pluriannuelle (voir la figure ci-après) reflètent d’ailleurs très bien cette réalité.

arctique glace
Évolution de la banquise arctique entre 1985 et 2019, classée selon son ancienneté. Plus la glace est âgée, plus elle est épaisse et donc résistante aux assauts thermiques ou venteux. Crédits : NSIDC.

Une croissance hivernale concurrencée

Auteur principal d’une étude visant à évaluer la quantité de glace formée dans le bassin, Robert Ricker explique qu’« au cours des dernières décennies, nous avons observé la tendance suivante : moins il y a de glace au début de la saison de regel, plus elle croît pendant l’hiver ». Il s’agit là d’une rétroaction négative, un processus qui tend à atténuer l’anomalie initiale. Ainsi, en théorie, si une saison chaude connaît une importante perte de glace, le mécanisme conduira à une production plus importante l’hiver suivant, compensant une partie du déficit.

« Cependant, ce que nous avons maintenant découvert est que dans les régions des mers de Barents et Kara, cet effet stabilisateur est contrecarré par la chaleur de l’océan et les températures plus chaudes qui réduisent la croissance de la glace en hiver », tempère le scientifique. En somme, le rouage stabilisateur évoqué précédemment est comme qui dirait cassé. À ce sujet, on parle souvent d’atlantification, une référence au fait que les caractéristiques de l’océan Atlantique gagnent du terrain vers l’intérieur de l’océan Arctique, faisant reculer la lisière de la banquise vers le nord. Enfin, notons qu’avec la poursuite du changement climatique, les auteurs s’attendent à ce que d’autres régions du bassin connaissent le même sort dans un futur proche.