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La famille des moufettes aux odeurs nauséabondes vient de s’agrandir

Crédits : Jerry W. Dragoo

Selon de nouvelles recherches s’appuyant sur des centaines d’échantillons d’ADN, il existe en réalité plus d’espèces de moufettes qu’on le ne pensait. Comme les putois, ces animaux projettent un liquide malodorant en cas de danger. Et généralement, elles vous préviennent en faisant le poirier.

Fourrure noire, bandes blanches, sécrétions de liquide malodorant – tout le monde peut identifier la mouffette rayée, la plus commune en Amérique du Nord. La mouffette tachetée, plus petite (moins d’1 kg), est un peu plus discrète. Enfin, c’est une façon de parler. En effet, ces dernières se distinguent en faisant le poirier en guise d’avertissement avant qu’elles ne commencent à pulvériser leur fameux liquide à l’odeur putride. Ainsi, si vous voyez l’une de ces mouffettes planter ses bras avant de soulever leur derrière, devriez probablement prendre un peu de recul, aussi impressionnante soit la manœuvre.

Par discrète, entendez plutôt « moins étudiée ». Et pour cause, les mouffettes tachetées ont tendance à faire tout leur possible pour tenir les gens à distance, au point que les chercheurs ont longtemps débattu du nombre d’espèces. Certains en ont évoqué deux, quand d’autres en comptaient quatorze. Finalement, tout le monde s’est entendu sur le nombre quatre. En réalité, il y en a un peu plus.

Au moins sept espèces

Dans le cadre d’une étude, dont les résultats sont publiés dans la revue Molecular Phylogenetics and Evolution, une équipe a examiné plus de deux-cents échantillons d’ADN prélevés sur des mouffettes tachetées, du Canada jusqu’au Costa Rica. Selon ces analyses, dirigées par Molly McDonough, phylogénomique à l’Université d’État de Chicago, il y aurait en réalité sept espèces.

Cette nouvelle découverte montre que les mouffettes tachetées se sont plus diversifiées que leurs proches parents, les mouffettes rayées et les moufettes orientales à nez de cochon (Conepatus leuconotus). Pour les scientifiques, il pourrait y avoir un lien avec la taille de ces mammifères, qui sont les plus petits représentants de cette famille de mammifères caniformes.

«Nous émettons en quelque sorte l’hypothèse qu’ils ressemblent davantage à des rongeurs», explique le Dr Ferguson, faisant référence à l’incapacité de ces animaux à voyager très loin et à leurs cycles de reproduction relativement rapides. Ces facteurs semblent avoir permis aux mouffettes tachetées de se ramifier en de nouvelles espèces au cours de la dernière période glaciaire, au grès de l’évolution du climat nord-américain.

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Crédits : Robby Heischman

Des périodes de gestation différentes

Les chercheurs soulignent également que six de ces sept espèces peuvent être séparées en deux groupes (ou clades), l’un localisé plus à l’est, et l’autre plus à l’ouest. La septième espèce (nommée Spilogale yucatanensis) serait un peu « à part », car originaire de la péninsule du Yucatán au Mexique.

La plus grande distinction entre les deux groupes est qu’ils semblent se reproduire de manières différentes. Dans le clade situé plus à l’Est, les femelles ont tendance à s’accoupler en mars ou avril pour mettre bas en mai ou juin (gestation de 50 à 65 jours). À l’ouest, elles se reproduisent généralement à l’automne, vers septembre ou octobre, puis mettent bas en avril ou en mai (gestation totale de 180 à 200 jours).

Comment expliquer une telle différence dans la période de gestation ? Pour les chercheurs, les « mouffettes occidentales » pourraient utiliser une stratégie connue sous le nom d’implantation retardée. Dans ce processus, un œuf fécondé entre dans une période de dormance avant son développement. La technique, proposée par d’autres espèces, permet le plus souvent de conserver les ressources et de survivre aux pénuries saisonnières de nourriture. Les petits naîtront alors lorsque les conditions seront plus favorables.