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Voici ce que nous savons du plus gros manchot jamais découvert

manchots Kumimanu et Petradyptes
Crédits : Simone Giovanardi

La Nouvelle-Zélande est un refuge pour les oiseaux terrestres depuis des éternités. Plus récemment, une équipe de paléontologues est tombée sur les restes de deux nouvelles espèces de manchots préhistoriques. L’un d’eux pesait quasi autant qu’un gorille adulte. Les détails de l’étude figurent dans le Journal of Paleontology.

De récentes découvertes de fossiles en Nouvelle-Zélande ont révélé un assemblage remarquablement diversifié de manchots du groupe souche du Paléocène. Les récents travaux de Alan Tennyson et son équipe, du Musée de Nouvelle-Zélande Te Papa Tongarewa, ajoutent à cet enregistrement croissant neuf nouveaux spécimens représentant deux nouvelles espèces.

Les ossements de ces oiseaux, qui ont évolué il y a entre 55 et 59 millions d’années, ont été découverts dans la Formation de Moeraki de l’île du Sud  sur une plage connue pour ses grandes concrétions en forme de boulet de canon appelées Moeraki Boulders. Le barattage de la marée avait ouvert plusieurs de ces rochers, révélant des morceaux d’os à l’intérieur.

Un vrai poids lourd

Le plus gros spécimen est attribué à une nouvelle espèce nommée Kumimanu fordycei. Il s’agirait du plus gros manchot qui ait jamais vécu. Les régressions allométriques basées sur la longueur de l’humérus et la largeur proximale de l’humérus des manchots existants donnent des estimations moyennes d’une masse corporelle vivante comprise entre 148 et 160 kilos. À titre de comparaison, la plus grande espèce de manchot vivant, le manchot empereur (Aptenodytes forsteri), pèse en moyenne 45 kilogrammes.

Auparavant, le manchot le plus lourd enregistré était K. biceae avec ses 121 kg sur la balance. Palaeeudyptes klekowskii, qui vivait il y a environ 37 millions d’années en Antarctique, pesait quant à lui environ 116 kg pour un corps d’une longueur totale de deux mètres.

Le squelette fragmenté de Kumimanu rend cependant difficile la détermination de sa taille. Sur la base de ce qu’ils ont à disposition, les chercheurs estiment que le manchot mesurait environ 1,55 m de haut, ce qui lui aurait donné une carrure trapue. Gerald Mayr, paléontologue à l’Institut de recherche Senckenberg de Francfort, pense également que Kumimanu était proche de la limite de poids pour un tel animal. Au-delà, ces oiseaux écraseraient très probablement leurs œufs en miettes.

Plusieurs spécimens représentent également une seconde espèce désormais nommée Petradyptes stonehousein. Ces oiseaux étaient légèrement plus grands que le manchot empereur actuel. Ils étaient aussi un peu plus lourds et pesaient environ 50 kilos en moyenne.

manchots Kumimanu et Petradyptes
Un croquis comparant Kumimanu, Petradyptes et un manchot empereur. Crédits : Simone Giovanardi

Un environnement idéal pour ces manchots

Kumimanu et Petradyptes auraient sillonné les eaux au large de la Nouvelle-Zélande à un moment clé de l’histoire océanique. L’impact de l’astéroïde ayant mis fin à l’ère des dinosaures avait en effet anéanti la plupart des reptiles marins, tandis que les ancêtres des phoques et des baleines vivaient encore sur terre. Autrement dit, ces deux espèces n’étaient pas vraiment inquiétées par les prédateurs. Il y avait de la nourriture à foison et les sites de nidification étaient encore très sûrs.

Notez qu’à leur époque, les manchots avaient déjà perdu la capacité de voler au profit de la nage (il y a environ 60 millions d’années). D’ailleurs, ces deux espèces avaient des os de nageoires relativement primitifs. Cela signifie également que le gigantisme a évolué très tôt dans la lignée des manchots. Les avantages d’une grande taille, tels qu’une thermorégulation et une plongée plus efficaces, ont probablement exercé une très forte pression sélective sur les manchots peu de temps après qu’ils aient perdu leur capacité de vol.