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Plus de 500 espèces de vertébrés au bord de “l’effondrement”

Crédits : Rhett Buttler / Mongabay

Une étude publiée ce lundi révèle que plus de 500 espèces de vertébrés terrestres sont au bord de l’extinction et risquent de disparaître au cours des 20 prochaines années.

Il y a eu sur Terre au moins cinq épisodes d’extinction de masse au cours des 450 derniers millions d’années, chacun détruisant 70 à 95% des espèces de plantes, d’animaux et de micro-organismes. Malgré tout, la vie s’est à chaque fois rétablie pour ensuite se multiplier. Mais il n’y a jamais eu de richesse de vie comparable à celle qui existe aujourd’hui au cours des plus de 4,5 milliards d’années.

C’est dans ce monde si diversifié sur le plan biologique que nous, humains, avons évolué. Et ce monde, nous sommes en train de le détruire.

500 espèces au bord du gouffre

En 2015, le biologiste Paul Ehrlich, de l’Université Stanford (États-Unis), a co-signé une étude historique alertant que la sixième extinction massive était en cours. Plusieurs pressions humaines, telles que la croissance démographique, la destruction de l’habitat, le commerce des espèces sauvages, la pollution et le changement climatique, avaient été pointées du doigt.

Cinq ans plus tard, Ehrlich et des chercheurs d’autres institutions publient une sombre mise à jour : le taux d’extinction est probablement beaucoup plus élevé qu’on ne le pensait. Dans le cadre d’une nouvelle étude, les chercheurs ont en effet analysé un ensemble de données compilées par l’Union internationale pour la conservation de la nature.

Pour que ces résultats aient plus d’impact aux yeux du public, ils ont décidé de concentrer leur attention sur 29 400 espèces de vertébrés terrestres – amphibiens, oiseaux, mammifères et reptiles – pour cartographier les plus menacés : ceux dont la population est inférieure à 1 000 individus.

Sur cet échantillon, 1,7% des espèces (soit environ 500) sont actuellement concernées. Cela comprend des espèces comme le rhinocéros de Sumatra et la tortue géante Chelonoidis hoodensis, endémique des îles Galapagos. Les espèces d’oiseaux apparaissent néanmoins les plus touchées.

Notez que, bien que cet ensemble de données porte sur les espèces comptant moins de 1 000 individus, les scientifiques ont constaté que plus de la moitié de ces espèces ont une population de 250 individus ou moins. En outre, la plupart des espèces menacées d’extinction sont concentrées dans les régions tropicales et subtropicales.

extinction tortue
Chelonoidis hoodensis, une espèce endémique des îles Galapagos. Il n’en reste que 200 environ sur la planète. Crédits : Gerardo Ceballos

« L’extinction engendre l’extinction »

La perte de ces espèces pourrait avoir un effet domino sur d’autres espèces, alertent les chercheurs.

De manière un peu plus large, ils ont en effet constaté que 903 espèces de vertébrés présentent une population inférieures à 5 000 spécimens. Et que la grande majorité d’entre elles – 84% – vivent dans les mêmes zones que les espèces de moins de 1 000 individus. Ainsi la perte d’une ou de plusieurs espèces au bord du gouffre pourrait, par le jeu d’une réaction en chaîne, précipiter la disparition d’espèces sur le point de l’être. « L’extinction engendre l’extinction », écrivent les auteurs de l’étude.

Notons enfin que les taux d’extinction d’aujourd’hui sont des centaines ou des milliers de fois plus rapides que les taux enregistrés lors des événements d’extinction précédents. À titre d’exemple, nous avons perdu au cours des 100 dernières années autant d’espèces qu’elles auraient historiquement été perdues sur 10 000 ans si les humains n’avaient pas exercé autant de pressions sur l’environnement.

Agir avant qu’il ne soit trop tard

Cette extinction en cours nous concerne également. « Lorsque l’humanité extermine les populations et les espèces d’autres créatures, elle scie la branche sur laquelle elle est assise, détruisant les parties actives de notre propre système de survie, souligne en effet Paul Ehrlich. La conservation des espèces en voie de disparition devrait être élevée à une urgence nationale et mondiale pour les gouvernements et les institutions, à la hauteur des perturbations climatiques auxquelles elle est liée ».

Ces nouveaux résultats pourraient faciliter les efforts de conservation en mettant en évidence les espèces qui nécessitent une attention immédiate.

Entre autres actions, les chercheurs proposent un accord mondial pour interdire le commerce des espèces sauvages, qui représente une menace fondamentale permanente non seulement pour les espèces au bord du gouffre, mais également pour la santé humaine. La pandémie de Covid-19 en est un triste exemple.

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