La plus ancienne peau fossilisée connue est antérieure aux dinosaures

peau fossilisée
Crédits : Current Biology/Mooney et al

Alors qu’ils sondaient les grottes calcaires de Richards Spur, en Oklahoma, les paléontologues amateurs Bill et Julie May ont fait une découverte extraordinaire. Devant eux se profilait en effet une partie de la peau fossilisée d’un lézard vieux d’environ 288 millions d’années préservée grâce à des conditions environnementales très précises.

Une découverte exceptionnelle

La plupart des fossiles proviennent de la minéralisation des os et des dents, car ces structures contiennent des minéraux tels que le phosphate de calcium qui peuvent se fossiliser plus facilement. En revanche, la peau est principalement composée de tissus mous, comme le collagène, qui sont plus susceptibles de se décomposer avant d’avoir la chance de se fossiliser. La fossilisation de la peau est donc très rare et ne survient dans des conditions exceptionnelles où des facteurs tels que des niveaux élevés de minéraux, une absence d’oxygène, des sédiments fins et d’autres agents de préservation sont présents. C’est précisément ce qu’il s’est passé ici.

Le lézard dont il est question aurait accidentellement chuté dans une grotte pendant le Permien, il y a environ 288 millions d’années. La présence de faibles niveaux d’oxygène aurait limité le processus de décomposition biologique et la présence de sédiments argileux fins aurait contribué à ralentir davantage le processus de décomposition en enveloppant le lézard. Enfin, des infiltrations de pétrole dans la grotte pourraient également avoir joué un rôle, les hydrocarbures contenus à l’intérieur agissant comme un agent conservateur. En combinant ces facteurs, la peau du lézard a été préservée au fil du temps, ce qui a permis aux scientifiques de l’étudier des millions d’années après sa mort.

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Le plus ancien morceau de peau fossilisée jamais retrouvé (en haut à gauche) comparé aux empreintes laissées par la peau d’autres animaux de la même époque dans la même grotte exceptionnelle. Crédits : Current Biology/Mooney et coll.

Que nous apprend ce fossile de peau ?

Bien que la portion de peau survivante soit minuscule, elle offre des détails intrigants. La surface rappelle en effet celle des crocodiles, mais elle présente également des sections articulées, similaires à celles observées chez les serpents et les lézards apodes. Malheureusement, aucun os ou dent n’accompagne cette découverte, ce qui rend impossible l’identification précise de l’espèce de lézard.

Malgré tout, cette peau fossilisée antérieure de 45 millions d’années au développement des premiers dinosaures offre un aperçu rare de l’évolution précoce des reptiles, soulignant l’importance de l’épiderme en tant que barrière cruciale entre les processus internes du corps et l’environnement extérieur.

Plus précisément, l’animal dont la peau a été préservée dans le système de grottes semble avoir fait partie des premiers amniotes, marquant la transition des modes de vie aquatiques et semi-aquatiques des anamniotes (leurs ancêtres sans amnios, la membrane protectrice qui entoure l’embryon des reptiles, des oiseaux et des mammifères) à des modes de vie entièrement terrestres.

Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Current Biology.