Les plumes de cet oisillon ont près de 100 millions d’années

ambre oiseau oisillon plumes
Crédits : O'Connoret al ., doi : 10.1016/j.cretres.2023.105572.

Une équipe de paléontologues décrit la découverte d’un fossile d’oisillon exceptionnel conservé dans de l’ambre birman. Le spécimen fournit la première preuve sans équivoque de plumes immatures dans les archives fossiles du Mésozoïque.

Piégés dans l’ambre

L’ambre est une résine d’arbre fossilisée capable de piéger et de préserver des organismes anciens. Concrètement, quand ils sont blessés ou subissent un stress, certains arbres tels que les conifères produisent de la résine pour sceller la zone endommagée. Cette résine collante et visqueuse a cependant parfois tendance à couler le long du tronc. Pendant le processus, des organismes vivants peuvent alors se retrouver pris au piège. Au fil du temps, la résine se solidifie et forme de l’ambre. Les organismes emprisonnés à l’intérieur de la résine sont alors protégés de la décomposition.

Cette inclusion fossilisée dans l’ambre offre donc un aperçu unique de la vie préhistorique, car elle permet de conserver des organismes et des structures fragiles qui seraient normalement perdus. Au cours de ces dernières années, de nombreuses créatures ont en effet été retrouvées dans l’ambre, dont un mille-pattes, un escargot, une grande fleur, et même quatre grenouilles pour ne citer que quelques exemples. Plus récemment, des paléontologues ont identifié les restes d’un oisillon conservés dans de l’ambre birman daté d’environ 99 millions d’années. Et surprise : ce petit oiseau avait déjà des plumes. En quoi cette découverte est-elle importante ?

Oiseaux précoces et nidicoles

Il existe aujourd’hui une variation concernant le stade de développement à la naissance des oiseaux. Certains, appelés nidicoles, naissent nus et impuissants. C’est notamment le cas des passereaux et des pigeons. Ces derniers éclosent généralement dans des nids où ils dépendent entièrement de leurs parents. Le manque de plumes facilite ici le contact direct entre les oisillons et la peau chaude des parents, permettant ainsi un transfert efficace de la chaleur corporelle pour les maintenir au chaud.

D’autres oiseaux, appelés précoces, naissent de leur côté avec des plumes. C’est notamment le cas des poules et des canards. Ces oiseaux ont un comportement plus autonome et sont capables de se déplacer et de se nourrir par eux-mêmes peu de temps après la naissance. Ici, les plumes fournissent une isolation thermique et une protection contre les éléments environnementaux, ce qui permet aux oisillons de rester au chaud et de se protéger dès le départ. Ces différences sont donc liées aux adaptations spécifiques de chaque espèce pour répondre à leurs besoins et à leur environnement.

Tous les oisillons passent toutefois par des mues successives avant de développer leur plumage adulte. Cette mue demande beaucoup d’énergie et le fait de perdre beaucoup de plumes à la fois peut menacer l’intégrité physique des jeunes oiseaux. En conséquence, les poussins précoces ont tendance à muer lentement, de sorte qu’ils conservent un approvisionnement régulier en plumes, tandis que les poussins nidicoles, qui peuvent compter sur leurs parents pour se nourrir et se réchauffer, subissent une mue plus simultanée, perdant toutes leurs plumes à peu près au même moment.

Un fossile unique

Ce nouveau spécimen découvert dans la vallée de Hukawng ne correspond ici à aucun oiseau vivant aujourd’hui. Ce dernier montre en effet une combinaison de caractéristiques à la fois précoces et nidicoles. Plus précisément, toutes les plumes du corps sont fondamentalement au même stade de développement, ce qui signifie que toutes les plumes ont commencé à pousser simultanément ou presque simultanément. Cependant, cet oiseau faisait presque certainement partie d’un groupe aujourd’hui disparu appelé Énantiornithes qui était considéré comme très précoce.

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Plusieurs vues du fossile, et notamment de ses plumes précoces. Crédits : O’Connoret et coll., doi : 10.1016/j.cretres.2023.105572.

Les chercheurs du Field Museum of Natural History, à l’origine de ces travaux publiés dans la revue Cretaceous Research, émettent l’hypothèse que le fait de devoir se maintenir au chaud tout en subissant une mue rapide aurait d’ailleurs pu mener ces oiseaux à l’extinction.

Les énantiornithes étaient en effet le groupe d’oiseaux le plus diversifié du Crétacé. Cependant, nous savons qu’ils ont disparu avec tous les autres dinosaures non aviaires il y a environ 66 millions d’années. Lorsque l’astéroïde a frappé, les températures mondiales auraient chuté et les ressources seraient devenues rares. Ainsi, il est possible que ces oiseaux aient développé des besoins énergétiques encore plus élevés pour rester au chaud. Le problème est qu’ils n’avaient plus les ressources nécessaires pour y répondre.