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Le “pizzly” se répand en Arctique à la faveur du changement climatique

Crédits : Philippe Clement / Arterra / Universal Images Group

De plus en plus d’ours polaires se reproduisent avec des grizzlis, dont les aires de répartition s’étendent vers le nord, multipliant les membres d’une espèce hybride nommée “Grolar”, ou “Pizzly”. 

Le pizzly, un ours pas comme les autres

La première observation d’hybridation entre ces deux espèces à l’état sauvage a été enregistrée en 2006. À l’époque, un chasseur venait d’abattre ce qu’il croyait être un ours polaire dans les Territoires du Nord-Ouest de l’Arctique canadien. Toutefois, en y regardant de plus près, l’animal semblait inhabituel, affichant la fourrure crème type d’un ours polaire, mais les longues griffes, le dos bossu, le visage peu profond et les taches brunes d’un grizzly.

Plus tard, les tests ADN ont confirmé que l’animal était un hybride. Sur le plan génétique, ce “mélange” ne pose pas de réel problème. Les grizzlis et les ours polaires n’ont en effet divergé qu’il y a 500 000 à 600 000 ans, de sorte que les deux espèces peuvent produire une progéniture viable.

Dès lors, les observations se sont multipliées à mesure que déclinaient les populations d’ours polaires.

Ce constat n’a rien d’étonnant. En effet, à mesure que le monde se réchauffe, les grizzlis remontent vers le nord et empiètent sur les territoires de leurs cousins polaires durant une partie de l’année. Ici, où la glace de mer a diminué d’environ 870 000 kilomètres carrés comparé à son maximum moyen de 1981 à 2010, les grizzlis s’accommodent avec plusieurs sources de nourriture.

De leur côté, les ours polaires sont des chasseurs hautement spécialisés principalement adaptés à évoluer sur les plateformes de glace de mer. Ces derniers peuvent parfois s’attaquer à des œufs d’oiseaux de mer ou à des rennes lorsqu’ils sont sur la terre ferme, mais ces calories ne compensent pas celles brûlées pour chasser et trouver de quoi se nourrir. Ainsi, sur un même territoire, le grizzli, surpasse l’ours polaire.

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Deux pizzlies au zoo d’Osnabrück. Crédits : Corradox

Une espèce hybride mieux adaptée ?

En règle générale, les espèces hybrides ne sont pas mieux adaptées à leur environnement que leurs espèces parentes. Pour le pizzly, certains ont mis en avant le risque de troubles physiques et comportementaux chez ces animaux qui, par exemple, pourraient avoir des difficultés à résister aussi bien que l’ours blanc au grand froid. De même, certains hybrides observés dans un zoo allemand ont montré une moins bonne aptitude à la nage que leurs “cousins” polaires.

Toutefois, le “Pizzly” pourrait quand même s’en sortir, estime une équipe de chercheurs.

«D’un côté, les ours polaires ont des crânes plus longs, ce qui en fait des experts pour attraper les phoques dans l’eau», relève Larisa DeSantis, paléontologue et professeure agrégée de sciences biologiques à l’Université du Tennessee. «En revanche, leurs molaires sont plus petites que les ours typiques, car tout ce qu’ils mangent, c’est de la graisse toute la journée».

«Les grizzlis, par contre, peuvent manger ce qu’ils veulent», poursuit la chercheuse. «Nous l’ignorons encore, mais ce “crâne intermédiaire du pizzly” pourrait, à terme, leur conférer un avantage biomécanique». Si cela se confirme, «il est donc possible que ces hybrides puissent rechercher une plus large gamme de sources de nourriture».

Dans quelques décennies, si la tendance se poursuit, les ours “pizzly” pourraient finalement complètement surpasser les ours polaires, conservant avec eux un peu de leur bagage génétique. En un sens, et de manière un peu triste, le pizzly pourrait être le sauveur de l’ours blanc, menacé par le réchauffement climatique.