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Et si Phobos, la lune de Mars était dans un éternel processus de destruction créatrice ?

Crédits Pixabay

Phobos, lune des lunes de Mars, est dans un processus de destruction pour former un anneau planétaire. Une étude suggère que ce processus n’est pas nouveau et qu’une alternance anneau/lune existe depuis longtemps pour Phobos. 

Phobos est l’une des deux lunes de Mars, un minuscule corps céleste qui orbite très près de la planète rouge au même titre que sa petite sœur, Déimos. Déjà condamnée à se disloquer, elle formera à l’avenir un anneau planétaire. Selon une nouvelle étude, ce processus de destruction ne sera pas le premier de cette lune ni le dernier.

Si la formation de Phobos et Déimos est sujette à de nombreuses hypothèses, l’une d’entre elles suggère qu’elles ont été créées lorsque l’impact qui a conduit à la formation du bassin boréal de Mars a projeté des débris dans l’espace. Pour certains, cet événement a directement conduit à la formation de la lune Phobos, mais une nouvelle théorie est née des travaux de David Minton et Andrew Hesselbrock, scientifiques de l’Université Purdue, aux États-Unis. Ils publient leurs travaux dans la revue Nature Geoscience.

Selon eux, ces débris ont d’abord composé un anneau puis se sont agglomérés pour former Phobos. C’est aussi l’avenir prédit de cette lune. Ainsi, celle-ci connaîtrait une alternance entre anneau planétaire et corps céleste. Les deux chercheurs suggèrent que ce processus a démarré il y a environ 4,3 milliards d’années avec la formation du bassin polaire nord (bassin boréal) de Mars, qui couvre environ 40 % de la planète dans son hémisphère nord. « Ce grand impact aurait projeté assez de matériel de la surface de Mars pour former un anneau », explique David Minton.

Ces débris qui composent l’anneau dérivent de Mars et s’agglomèrent pour former la lune. Étant donné que l’orbite de Phobos la rapproche de la planète rouge, la lune se désintègre au moment de passer la limite de Roche qui définit la distance à partir de laquelle les forces de marées de Mars disloquent la lune. Ainsi, le processus se répète.

La lune Phobos / Crédits : NASA/JPL-Caltech/University of Arizona

Pour les deux scientifiques, ce processus s’est déjà répété entre trois et sept fois et à chaque fois, la lune est cinq fois plus petite que la fois précédente, des débris pleuvant sur la surface de Mars, ce qui expliquerait également les caractéristiques topographiques de Mars. Phobos devrait atteindre cette limite de Roche dans 70 millions d’années.

« Vous auriez pu avoir des tas de sédiments lunaires d’un kilomètre d’épaisseur qui pleuvent sur Mars dans les premières parties de l’histoire de la planète et il y a des dépôts sédimentaires énigmatiques sur Mars sans aucune explication sur la façon dont ils sont arrivés là. Et maintenant, il est possible d’étudier ce matériel », explique David Minton.

Pour réfuter l’hypothèse qui veut que Phobos ait été créée dès l’impact sur Mars il y a 4,3 milliards d’années, les chercheurs avancent l’orbite de Déimos qui n’a que très peu changé depuis sa formation. En effet, Phobos aurait du se former loin de Mars et traverser la résonance de Déimos. Les deux lunes auraient alors eu chacune une influence gravitationnelle sur l’autre et l’orbite de Déimos aurait été modifiée. « L’orbite de Déimos n’a pas beaucoup changé depuis qu’elle s’est formée. Phobos passant par ces résonances aurait changé cela », conclut David Minton.

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Rédigé par David Louvet-Rossi