Ce phénomène pourrait déclencher d’énormes tsunamis en Antarctique

tsunami Antarctique
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Une nouvelle étude prévient que le changement climatique pourrait générer de gigantesques tsunamis dans l’océan Austral en déclenchant des glissements de terrain sous-marins en Antarctique. Pour les chercheurs, il est essentiel de comprendre les facteurs à l’origine de la rupture des pentes pour évaluer les futurs géorisques. Les détails de ces travaux sont publiés dans la revue Nature Communications.

Des tsunamis meurtriers

Les glissements de terrain sous-marins sont des géorisques mondiaux capables de déplacer des « montagnes » de sédiments dépassant grandement la taille de leurs homologues terrestres. Ces glissements de terrain peuvent alors générer des tsunamis en surface aux conséquences dramatiques.

Au milieu de l’Holocène, le glissement de terrain de Storegga, au large de la Norvège, aurait notamment produit des vagues de tsunami de vingt mètres de haut qui ont probablement touché les populations le long de la côte sud de la mer du Nord, de l’Islande et du Groenland.

Plus récemment, le glissement de terrain sous-marin des Grands Bancs en 1929, survenu au large du Canada, aurait généré des vagues atteignant jusqu’à treize mètres de haut qui ont balayé la côte de Terre-Neuve. Cet événement avait également causé des dommages économiques importants en coupant les câbles de télécommunications transatlantiques. Enfin, en 1998, des vagues générées par un glissement de terrain sous-marin près de la Papouasie-Nouvelle-Guinée avaient tué plus de 2000 personnes.

Par ailleurs, nous savons que dans l’hémisphère sud des vagues de tsunami en provenance d’Amérique du Sud, de Nouvelle-Zélande et d’Asie du Sud-Est ont parfois atteint l’Antarctique. Cependant, nous pourrions avoir sous-estimé ce risque.

tsunamis glissements de terrain Antarctique
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Glissements de terrain en Antarctique

Dans le cadre d’une expédition menée à l’est de la mer de Ross, des chercheurs de l’Université de Plymouth, au Royaume-Uni, ont découvert les preuves d’anciens glissements de terrain survenus au large de l’Antarctique en 2017. Un an plus tard, ils sont revenus sur place pour forer profondément dans le fond marin dans le but d’extraire des carottes de sédiments. L’analyse de ces carottes (de longs et minces cylindres de la croûte terrestre) a ainsi permis de remonter l’histoire géologique de la région.

Les chercheurs ont alors découvert que des couches de sédiments faibles se sont formées au cours de deux périodes, il y a environ trois et quinze millions d’années. À ces époques, les eaux autour de l’Antarctique étaient environ 3°C plus chaudes qu’aujourd’hui. Dans ces conditions, les algues ont proliféré avant de finalement remplir le fond marin après leur mort. Ce phénomène a rendu les couches de sédiments plus fragiles et donc plus sujettes aux glissements de terrain.

Pendant les climats froids et les périodes glaciaires qui ont suivi, ces couches de sédiments ont été maintenues en place par d’épaisses couches de gravier grossier fournies par les glaciers et les icebergs.

La fin des périodes glaciaires périodiques de la Terre a finalement provoqué le rétrécissement et le recul de ces calottes glaciaires, allégeant la charge sur les plaques tectoniques de la Terre et les faisant rebondir vers le haut. Ce processus est connu sous le nom de rebond isostatique.

Une fois que les couches de sédiments fragiles se sont accumulées en quantité suffisante, le soulèvement continental de l’Antarctique a finalement déclenché des tremblements de terre qui ont fait glisser le gravier grossier au-dessus des couches de sédiments du bord du plateau continental, provoquant ainsi des glissements de terrain qui ont déclenché des tsunamis.

Améliorer la compréhension de ces processus

Pour les auteurs, il apparaît ainsi que la fonte des glaciers initiée par les différents réchauffements climatiques a été le déclencheur de ces glissements de terrain sous-marins observés dans la région. L’ampleur et la taille de ces anciennes vagues océaniques ne sont pas connues. Cependant, les chercheurs pensent qu’il est possible que ces tsunamis se déclenchent à nouveau alors que le changement climatique réchauffe les océans à un rythme alarmant.

De tels phénomènes pourraient alors menacer les équipements côtiers et les infrastructures du fond marin. Ainsi, au vu de l’intérêt international accru pour les connexions par câble Internet sous-marin dans la région, ce géorisque potentiel met en évidence un besoin critique d’améliorer la compréhension de ces processus observés aux marges continentales glaciaires.