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Le pétrole : nerf des guerres modernes ?

Crédits : drpepperscott230 / Pixabay

On parle toujours assez facilement des guerres pour le pétrole et avec les événements récents en France, on se rend compte de l’importance de cet or noir. Mais non content d’être un élément important dans la vie de tous les jours, en plus de l’intérêt économique qu’il revêt, c’est aussi un élément capital pour faire la guerre. Il a une importance stratégique et a joué un rôle déterminant à travers l’histoire et les guerres.

En réfléchissant, il ne vous faudra sans nul doute pas plus de quelques secondes pour trouver quelques raisons logiques et pratiques pour lesquelles avoir du pétrole est important pour une armée. Tout d’abord, tout ce qui contient un moteur ne pourrait plus rouler sans ni même décoller, se trouvant alors bloqué sur place. Sans cela, le transport des troupes et leur mobilisation dans des lieux stratégiques devient impossible ou se transforme en un processus plus lent et peut-être aussi plus dangereux, car même aidés de camouflage, les hommes sont plus à découvert et à la merci des balles. Le cheminement de munitions, de nourriture ou de tout autre équipement d’un point A à un point B devient compliqué. Cette importance a été fort bien comprise à de nombreux moments dans l’Histoire.

Déterminant pendant la Deuxième Guerre mondiale

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Vol au-dessus de Ploiesti après une série de bombardements. Photo de Jerry J. Jostwick.

L’importance jouée par le pétrole est souvent méconnue. Pourtant en 1939, l’exploitation du pétrole se fait en dehors de pays concernés par la guerre. Aussi, les Anglo-Saxons contrôlent directement ou indirectement les trois quarts de l’extraction pétrolière et le quart restant est exploité par les Soviétiques. Concrètement, cela signifie que les Alliés avaient un accès facile au pétrole comme c’était déjà le cas lors de la Première Guerre mondiale (on se souvient par exemple du cas de Clemenceau qui était à court de carburant en 1917 et qui en avait réclamé en ces termes à Wilson : « Il faut que la France combattante, à l’heure du suprême choc germanique, possède l’essence aussi nécessaire que le sang dans les batailles de demain. »). De son côté, l’Axe Berlin-Rome-Tokyo compte ses ressources et en cherche de nouvelles pour continuer cette guerre mécanisée. Leur manque de ressource n’est pas dissuasif, mais au contraire incitatif pour la recherche de nouvelles ressources. Les Allemands n’avaient pas les moyens de lancer des campagnes de plusieurs mois, d’où l’importance de campagnes éclairs comme la « Blitzkrieg », courte et violente qui permet d’accumuler des réserves au fur et à mesure qu’ils les consomment. Elle avait quelques champs (en Alsace, en Autriche et en Galicie) pour 50 % de ses ressources et la gazéification du charbon pour le reste.

Néanmoins, avec des ressources insuffisantes, l’Allemagne ne pouvait alors pas mécaniser en profondeur son armée et devait recourir aux chevaux et aux pilotes d’avions de la Luftwaffe qui furent très vite surclassés par les pilotes américains et anglais à cause d’un manque de vols d’entraînement. Ce facteur a joué un rôle dans la défaite allemande. Dans la course effrénée au pétrole de l’Allemagne, on peut noter l’opération Countenance des Britanniques avec l’Armée rouge en 1941 pour sécuriser le corridor perse, protégeant ainsi l’accès au pétrole iranien et à la raffinerie d’Abadan qui avait détruit tout espoir pour Hitler d’accéder au pétrole du Moyen-Orient pour gonfler les réserves. Par ailleurs, c’est en 1944 que le plus gros tournant lié au pétrole se produit. Dès mai 1944, les Américains lancent un bombardement systématique de la vingtaine d’usines de liquéfaction du charbon. Puis en août, l’Union soviétique lance une offensive en Roumanie qui leur permet de reprendre l’importante source de pétrole de Ploiesti en septembre 1944. Le Reich se retrouva alors handicapé jusqu’à la fin de la guerre, ne pouvant se fier qu’aux réserves accumulées auparavant.

Un outil stratégique

On peut citer l’exemple de Daesh en Libye. Les djihadistes ont décidé de prendre le contrôle de lieux stratégiques parmi lesquels se trouvent notamment des terminaux liés à l’export du pétrole. Il ne s’agit en aucun cas pour eux de se les approprier pour leur usage personnel dans la mesure où ils ne s’occupent pas de la production. Cette tactique vise donc purement et simplement la neutralisation des revenus que les ennemis pourraient retirer de cette rente.

Pour le Venezuela, le pétrole a été cette fois plus diplomatique, car cette puissance productrice majeure de pétrole s’en servait comme un outil d’influence politique dans la région. Le pétrole était devenu une monnaie d’échange particulièrement intéressante pour Hugo Chavez afin d’obtenir des faveurs et des amitiés des pays. Avec les cours et la faible marge sur le prix du baril, cela est devenu beaucoup plus compliqué.

Selon Philippe Sébille-Lopez, directeur du cabinet Géopolia et auteur de Géopolitiques du pétrole, « pour certains pays, le pétrole est une arme à double tranchant » comme d’autres ressourcent exploitées par les belligérants, tels que le pain ou la religion.

En tout cas, avec tous ces précédents liés au pétrole on ne se demandera plus pourquoi l’armée française a ses propres réserves

Sources : ConnaissanceDesEnergies ; iTele