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Ces perles européennes trouvées en Alaska sont-elles arrivées avant Christophe Colomb ?

Crédits : Lester Ross et Charles Adkin (perles)/Imagerie boréale (carte)

Une nouvelle étude controversée rapporte la découverte de plusieurs perles bleues originaires d’Europe en Alaska. D’après les auteurs, ces bijoux pourraient avoir été transportés avant l’arrivée de Christophe Colomb dans le Nouveau Monde.

Tout a commencé dans les années 1960, avec la découverte en Alaska d’une première de ces perles bleues par un archéologue américain. Depuis, une dizaine d’entre elles ont été retrouvées sur trois sites autochtones. Les archéologues ont également trouvé d’autres artefacts sur place, notamment des bracelets en cuivre, des pendentifs en fer, mais aussi du matériel organique comme de la ficelle (écorce de saule arbustif), des os d’animaux et du charbon de bois.

Des échanges précolombiens ?

Là où ça devient intéressant, c’est que ces fameuses perles n’ont pas été créées en Alaska, mais en Europe, d’après les auteurs. Une datation au radiocarbone de l’une des ficelles retrouvées, autour de laquelle été enfilées plusieurs de ces perles, laisse également à penser que la ficelle date probablement de 1397 à 1488.

L’équipe a également examiné cinq de ces perles par une analyse par activation neutronique. Concrètement, l’idée consiste à bombarder les échantillons de radioactivité, puis de mesurer la désintégration radioactive à travers les rayons gamma émis, uniques à chaque élément. De cette manière, les chercheurs peuvent identifier la composition chimique de chaque échantillon. Les résultats de cette étude ont montré que les perles en question se composent de verre sodé, “typique de la fabrication vénitienne du XVe siècle, et plus tard européenne“, écrivent les auteurs.

Sur ce constat, les auteurs suggèrent que ces perles pourraient avoir été fabriquées à Venise au XVe siècle, avant d’être transportées vers l’est à travers l’Eurasie, puis à travers le détroit de Béring jusqu’en Alaska. Cette affirmation est importante, dans la mesure elle implique des premiers échanges en européens et autochtones nord-américains avant l’arrivée de Christophe Colomb en 1492.

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Trois des perles (chacune représentée sous deux angles) trouvées près du lac Kaiyak (à gauche), du lac Kinyiksugvik (au centre) et de Punyik Point en Alaska. Crédits : Lester Ross; Charles Adkins
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Un itinéraire possible. Crédits : Imagerie boréale

Une étude controversée

Cependant, d’autres archéologues contestent ces découvertes, affirmant que si ces perles sont anciennes, elles ne sont pas plus anciennes que “l’échéance 1492”. “Ces perles ne peuvent pas être précolombiennes, car les Européens ne fabriquaient pas ce type de perle si tôt“, soutient en effet Elliot Blair, professeur adjoint d’anthropologie à l’Université de l’Alabama.

Au lieu de cela, les preuves historiques et archéologiques de perles dessinées suggèrent que ces perles de verre ont été produites à la fin du 16e ou au début du 17e siècle. Et bien que l’analyse montre que la ficelle a probablement été créée au 15e siècle, elle montre également qu’une date située au début du 17e siècle, bien que moins probable, est aussi possible.

En outre, on ne sait même pas si ces perles proviennent effectivement de Venise, comme le suggèrent les chercheurs. D’après Karlis Karklins, chercheur indépendant en perles et rédacteur en chef de la Society of Bead Researchers, il serait même fort probable que les perles soient originaires de France.

Des perles de ce type on en effet été retrouvées sur plusieurs site, à Rouen, au début du XVIIe siècle. “Je ne sais pas si de telles perles ont déjà été récupérées dans des contextes archéologiques dans ou autour de Venise“.

Pour Elliot Blair, la découverte reste toutefois très intéressante. “Même avec cette datation plus tardive, cela reste très antérieur aux premiers contacts documentés entre les autochtones de l’Alaska et les Européens“. Jusqu’à présent, on pensait en effet que le premier Européen moderne à entrer en contact avec des indigènes de l’Alaska n’était autre que Vitus Bering, un explorateur danois, en 1741.