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La « pause » du réchauffement climatique n’était qu’une erreur de mesure !

Crédits : NOAA

Depuis 1998, les températures du globe semblaient augmenter de manière moins importante. Ces mesures donnaient un argument de poids aux climatosceptiques qui ont toujours estimé que les activités humaines sont un facteur insignifiant dans le réchauffement climatique par rapport aux cycles glaciaires de la Terre. Une nouvelle étude vient cependant contredire ce hiatus.

L’affaire vient de donner un grand coup de pied dans la fourmilière, notamment chez les think tanks climatosceptiques américains. Jusqu’ici, les relevés de températures du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) indiquaient que le réchauffement climatique était moins fort depuis 1998, comme le montre le graphique ci-dessous :

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Évolution de la température moyenne terrestre en moyenne annuelle et en moyenne décennale . Crédits : GIEC, 2013

Un grand nombre d’études ont été consacrées à l’explication des facteurs possibles ayant engendré une telle atténuation de la hausse mondiale des températures de surface. Et tout le monde n’était pas d’accord sur le sujet, à l’image de Stéphane Foucart, journaliste du Monde, qui avait d’ores et déjà démontré le contraire.

« La raison pour laquelle il y a autant de climato-sceptiques, c’est qu’en matière de changement climatique, il faut dix secondes pour sortir une ânerie, et dix minutes pour expliquer pourquoi c’est une ânerie », avait-il noté à la fin de sa démonstration.

0,086 degré de hausse par décennie, et non 0,039

Cette fois-ci, c’est une étude publiée dans le magazine Science le 5 juin 2015 par le National Oceanographic and Atmospheric Administration (NOAA) et le National Centers for Environmental Information (NCEI) qui démontre que les températures relevées par le GIEC sont en réalité totalement obsolètes et que la tendance au réchauffement a été identique entre 1951 et 2014 et entre 1998 et 2014.

Selon leurs analyses, le monde s’est réchauffé à un rythme de 0,086 degré Celsius par décennie entre 1998 et 2012, soit deux fois l’estimation de 0,039 degré du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Entre 2000 et 2014, les chercheurs de la NOAA ont estimé la montée des températures mondiales à 0,116 degré en rythme décennal, soit une valeur proche de la période 1950 à 1999 (0,113 degré de hausse par décennie).

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Crédits : NOAA

Trois erreurs qui ont biaisé les mesures

  1. Les instruments de mesure de la température des eaux de surface de l’océan : aujourd’hui, les relevés de température sont réalisés de manière beaucoup plus intensive par des bouées placées en surface. Auparavant, ces relevés étaient plus souvent réalisés par bateau. Or, ces derniers seraient systématiquement plus élevés de 0,12°C que ceux des bouées. Un correctif a donc été introduit dans la nouvelle étude, ce qui n’était pas le cas de celles du GIEC.
  2. Deux méthodes différentes sont utilisées pour relever la température de l’eau par bateau : la mesure directe et le prélèvement de l’eau dans un seau. Ces deux protocoles donnent des résultats très légèrement différents qui n’avaient pas été pris en compte dans les rapports du GIEC.
  3. Des bases de données qui n’existaient pas auparavant ont été cette fois-ci prises en compte : il s’agit de relevés par des stations météorologiques terrestres. « Cette intégration améliore la couverture spatiale de nombreuses zones, dont l’Arctique, où les températures ont augmenté rapidement ces dernières décennies », indique l’étude.

L’ensemble des corrections appliquées conduit à effacer la fameuse « pause ». « Il s’agit là d’ajustements techniques courants qui ne prennent de l’importance que parce que le débat public a longtemps été faussé par la mise en avant de cette soi-disant pause du réchauffement », commente le climatologue Stefan Rahmstorf du Potsdam Institute for Climate Impact Research. Son homologue Michael Mann, de l’université de Pennsylvanie, salue un « travail solide », qui « confirme surtout ce que nous savions déjà ».

Sources : NOAALe Monde ; Science et Avenir, AFP